"L'Action libérale nationale était un parti politique du Québec, fondé en 1934 par des membres dissidents du Parti libéral du Québec et dirigé par Paul Gouin (à droite sur la photo de 1935). Ses membres les plus connus étaient Philippe Hamel, Oscar Drouin et Ernest Grégoire, maire de Québec. Hamel était un dentiste éminent de Québec, convaincu de la nécessité de nationaliser les compagnies hydro-électriques de la province, et Drouin, un ancien député libéral déçu de la politique conservatrice du premier ministre Taschereau.
L'ALN s'allia avec le Parti conservateur du Québec de Maurice Duplessis (à gauche sur la photo) à la veille des élections de 1935, les deux partis se partageant les circonscriptions électorales pour ne pas créer d'affrontement entre les candidats des deux partis.
(Le Parti libéral de Louis-Alexandre Taschereau fut reporté au pouvoir avec 48 élus, mais il subit une perte de 31 circonscriptions). L'ALN fit élire 25 députés sur 52 candidats, obtenant 30 % des votes, et les conservateurs 16 députés sur 34 candidats (récoltant 18% des voix). Bien que l'ALN eût davantage de députés, c'est Duplessis qui prit la tête de la nouvelle alliance.Dans un tel contexte où l'idéologie du curé Édouard-V. Lavergne, curé de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce, s'approchait de celle de deux candidats de l'ALN, Philippe Hamel et Ernest Grégoire, il n'est pas surprenant qu'il se soit abstenu de favoriser les deux vieux partis pour se ranger plutôt du côté de la nouvelle formation politique.
À la suite de conflits avec Duplessis, Gouin lui retira son appui quelques mois avant les élections de 1936. Cependant, 20 des députés de l'ALN se joignirent aux conservateurs pour fonder l'Union nationale que Duplessis conduisit à la victoire aux élections de 1936."
Le journal de NDG, La Bonne Nouvelle, du 11 novembre 1935 faisait une large place à cette élection. Entre autres, elle rapportait les propos d'Ernest Grégoire tenu lors d'une causerie radiodiffusée trois jours plus tôt où il affirmait :
"J'ai déjà dit pourquoi je suis entré dans cette lutte. Il est aujourd'hui évident que tenter de mettre de l'ordre à l'Hôtel-de-ville sans supprimer le désordre au Parlement, c'est peine perdue.Ailleurs dans cette Bonne Nouvelle, le curé Lavergne expliqua les raisons de son appui au candidat de l'ALN Ernest Grégoire, maire de Québec, en réponse à une lettre anonyme qu'il avait reçue. Voici quelques brides de son argumentation :
Ce que je veux, c'est la libération de nos municipalités du joug provincial: je veux la restauration de l'autonomie municipale, que le régime Taschereau n'a pas cessé de miner depuis quinze ans. Je veux pour les municipalités le droit d'administrer et d'utiliser leurs propres revenus que, par toutes sortes de manœuvres, le régime Taschereau ne cesse de s'approprier à son bénéfice."
"Pourquoi je me montre en faveur du maire Grégoire ?
D'autres se posent peut-être la question sans l'écrire. Réponse facile à qui veut réfléchir. Voici la mienne. Depuis 1914 je vis dans Québec. En réalité, je ne m'en suis guère éloigné depuis 25 ans. J'ai vu les maires se succéder à l'Hôtel-de-ville sans jamais m'intéresser ni à leurs luttes, ni à leur passage. L'un ou l'autre m'était indifférent. À chaque élection, le peuple s'amusait à changer l'équipe, mais le même régime durait et, dans la coulisse, les mêmes profiteurs tiraient les ficelles des nouveaux pantins. Nous étions résignés à ce jeu dont nos taxes payaient les frais. À l'arrivée du maire Grégoire les honnêtes gens se prirent à espérer et la canaille eut des frissons de crainte. Le nouveau maire affirmait sa volonté de mettre fin à un grabuge ruineux qui avait endetté la ville presque jusqu'à la banqueroute. Il proclamait la nécessité d'une sévère économie et d'une organisation qui protègerait d'une façon spéciale les ouvriers, les faibles et les indigents contre l'exploitation et l'oppression des trusts, en particulier du trust de l'électricité. Il voulait selon cette parole de Pie XI "que l'État entoure de soins et d'une sollicitude particulière les travailleurs qui appartiennent à la classe des pauvres."
Malheureusement, par une inconséquence assez fréquente de l'électorat, trop d'échevins de l'ancien régime revinrent à l'Hôtel-de-ville, où leur travail a surtout consisté à paralyser en très grande partie les efforts du maire. De concert avec les journaux serviteurs des trusts, "Le Soleil" et "L'Événement", ils n'ont rien négligé pour rejeter sur ses épaules tout l'odieux des mesures dont ils sont les vrais responsables, mesures qui doivent réparer leurs bévues passées pour employer un mot charitable.
Il se peut que le peuple méconnaisse le travail et les efforts de ce citoyen entré à l'Hôtel-de-ville avec l'unique souci de le servir. Il est possible qu'aux prochaines élections l'électorat trompé et excité par d'habiles meneurs lui retire son appui. Cela ne prouvera qu'une chose: c'est qu'il est bien difficile d'installer une administration honnête et de libérer le peuple de ses chaînes dans une ville ou dans un pays, quand Hérode et Pilate, d'accord avec le Sanhédrin - lisez le Parlement - se donnent la main dans l'ombre pour organiser "la ruine du juste" et maintenir malgré tout "des états de choses qui exaspèrent les esprits des masses" (Pie XI).
Au maire comme à tous les hommes publics, dans l'Hôtel-de-ville ou dans les Parlements, je ne demande aucune faveur personnelle, rien ni pour moi, ni pour mes amis, mais de tous j'exige qu'ils travaillent à établir une économie qui "assure aux ouvriers le respect des droits sacrés qu'ils tiennent de leur dignité d'hommes et de chrétiens" (Pie XI). À tous, ministres, députés, maire et échevins, je demande des lois qui "protégent les travailleurs, leur santé, leurs forces, leur famille, leur logement, l'atelier, les salaires, l'assurance contre les risques du travail, en un mot tout ce qui regarde la condition des ouvriers, des femmes spécialement et des enfants" (Pie XI).
(Il concluait :)C'est lors de cette campagne électorale que le curé Lavergne prononça aussi son célèbre sermon, "Votez comme des hommes libres", dont il était question ici (cliquer) et qui causa la réaction du premier ministre Taschereau (cliquer ici).
"Mais c'est assez! Je crois avoir suffisamment démontré que j'ai raison de donner mon appui au Maire Grégoire contre les sales individus qui veulent le salir de leurs calomnies, et que je n'ai pas manqué à la charité en donnant une fessée au Docteur Eudore Parent (échevin). En résumé, je lui adresse cet avertissement d'un grand historien catholique aux ennemis du catholicisme : "Vous vous rendez infâme par vos actes et j'acheverai de vous couvrir de honte par mes écrits"."
Dans La Bonne Nouvelle subséquente, le scrutin ayant été tenu le 25 novembre 1935 et ayant conduit à la situation plutôt instable d'une mince majorité de 7 députés, le curé Lavergne se contenta d'écrire :
"Nos lecteurs s'attendent peut-être à des commentaires sur les dernières élections. Ne vaut-il pas mieux laisser descendre en nos cœurs et s'étendre partout la grande paix et la grande joie qui jaillissent des fêtes de Noël ?"Pour l'ALN dans la région de Québec furent élus : Philippe Hamel dans Québec-Centre, Oscar Drouin (réélu pour le nouveau parti) dans Québec-Est et Joseph-Ernest Grégoire dans Montmagny. Chez les Conservateurs, Pierre Bertrand fut élu dans Saint-Sauveur. Pour les Libéraux, les seuls élus furent Charles Delagrave dans Québec-Ouest et Frank Byrne dans Québec-Comté.
Michel.

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