La biographe du Curé Lavergne, Maude Routier, avait inclus dans son document une lettre du premier ministre du Québec, Louis-Alexandre Taschereau (photo), en réaction au sermon du religieux publié ici il y a deux semaines. Le Curé Lavergne avait, dans un texte souvent titré "Votez comme des hommes libres", analysé des enjeux de l'élection qui allait se tenir quelques jours plus tard. Voici cette lettre :"CABINET DU PREMIER MINISTRE
PROVINCE DE QUÉBEC
UNIVERSITÉ 257 No 16
ConfidentielleQuébec
le 21 novembre 1935
le 21 novembre 1935
Monseigneur Camille Roy, P.A.,
Recteur de l'Université Laval
Québec.
Monseigneur,
Monsieur l'abbé Lavergne, curé de Notre-Dame-de-Grâce, a fait un sermon dans son église, le 17 novembre courant. Ce sermon a été imprimé et est distribué aujourd'hui avec profusion dans la ville.
Je lis, dans ce sermon, le paragraphe suivant:
"Enfin, hier encore, le Chef du Régime lui-même signifiait par téléphone au Recteur de l'Université que cette institution en porterait les conséquences si tel prêtre ne supprimait pas la conférence qu'il doit prononcer à la radio, cette après-midi pour l'Heure Catholique."Et il ajoute:
"Il est impossible de donner des noms, mais les faits sont réels.Vous me permettrez d'exprimer toute ma surprise que, la conversation très confidentielle et, je crois, très amicale j'ai eue avec vous par téléphone, soit ainsi parvenue à l'abbé Lavergne. Celui-ci dit qu'il ne mentionne pas de noms, mais lorsqu'il parle du Chef du Régime et du Recteur de l'Université, je crois que vous et moi sommes suffisamment désignés.
"Voilà, mes frères, des faits et des considérations suffisantes à attirer vos réflexions, voilà des méthodes de chantages, un système d'oppression dont la conscience publique souffre contre lesquels elle se révolte."
J'ai un souvenir très distinct et très net de la conversation que j'ai eue avec vous.
Quelqu'un, très près de l'Archevêché, m'a informé que monsieur l'abbé Castonguay devait, dimanche dernier, à la radio, faire une charge contre nous, et les paroles à peu prês textuelles dont je me suis servi sont les suivantes: "On m'informe que M. l'abbé Castonguay, prêtre du Séminaire et professeur de philosophie, doit faire une charge contre nous". Sur ce, vous m'avez répondu que vous n'aviez pas de contrôle sur l'Heure Catholique. Mais je vous ai dit que M. l'abbé Castonguay était un de vos prêtres et que je croyais qu'il serait mieux pour vous de voir son texte, car il était préférable de vous en avertir, afin que ce discours ne fut fait qu'aprês vu qu'il pourrait en résulter un incident désagréable.
Vous m'avez promis d'y voir.
Je ne sais si notre conversation a été rapportée à M. l'abbé Lavergne, tel que je viens de le dire, ou si celui-ci a puisé sur son imagination!
Mais je crois que vous me rendrez le témoignage que, ni directement, ni indirectement, je n'ai fait de menaces, ni ai employé de méthodes de chantage, comme le dit M. l'abbé Lavergne.
Je pense que les relations du gouvernement, avec l'Université, dans le passé, ont été telles - et c'est comme cela que je veux les garder - que j'étais autorisé confidentiellement à vous faire part de l'avertissement que l'on m'avait donné.
Je crois que j'ai droit, de votre part, à une déclaration que l'incident est tel que je le rapporte et que vous n'avez reçu, de ma part, ni menaces, non plus que j'aie employé aucune méthode de chantage.Veuillez agréer, Monseigneur, l'expression de mes hommages respectueux.
signé: L.A. Taschereau."
Maude Routier ajoutait: Mgr Roy (photo) lui répond positivement et communique une déclaration à trois journaux de Québec. À la suite de cet incident, le curé Lavergne reçoit des avertissements du clergé à l'effet de cesser de s'afficher ainsi sur la scène politique.
Michel.
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