mardi 10 août 2010

Sermon d'adieu du Curé Lavergne (lu par un vicaire)

Dans le même esprit que la publication du sermon du Curé Lavergne concernant l'élection, voici maintenant celle de son sermon d'adieu qui avait été prononcé en son absence par le vicaire Gérard Gosselin. Il a été obtenu grâce à la famille de Moïse Fradet qui avait conservé le document original et que nous remercions.


MES ADIEUX


AUX PAROISSIENS DE N.-D. DE GRÂCE
--- 19 octobre 1941 ---
ÉDOUARD-V. LAVERGNE, ptre
Curé du 1er novembre 1924 au 12 octobre 1941.

Mes Frères,

Je croyais pouvoir monter une dernière fois en cette chaire où vous m'avez vu si souvent, mais je ne m'en sens pas la force. L'émotion intense qui étreint mon cœur à la pensée de vous annoncer ma démission me laisse craindre que ma voix ne soit couverte par les larmes, et l'éteignent avant que j'aie fini de parler.

Aussi ai-je prié Monsieur l'abbé Gosselin de vous lire ces quelques lignes que je vous écris. .Je veux être court, parce que je n’ai pas le droit de prendre pour moi les minutes précieuses dont a besoin le prédicateur de la retraite pour vous en recommander les importants exercices.

La chose n'est pas pour vous complètement nouvelle: c'était dans l 'air depuis déjà quelques mois. Son éminence dont c'est le droit, pour des raisons dont elle reste le juge, m'a ordonné de lui remettre ma démission. Je n'avais qu'à obéir, convaincu que je ne pourrais faire de bien parmi vous contre la volonté de mes supérieurs. Cet acte prendra effet le jour que le Cardinal fixera.

Ainsi seront rompus les liens surnaturels qui me rattachaient à vos âmes et me rendaient responsables, au tribunal de Dieu, des plus humbles, des plus pauvres comme des autres.

Vous le comprendrez, mes frères, cette séparation ne peut avoir lieu sans une déchirure du cœur très douloureuse. Il est vrai qu'elle libère ma conscience, mais elle n 'en creuse pas moins dans mon cœur une blessure qui sera lente à guérir. On ne vit pas dix-sept ans avec une population comme la vôtre sans s'y attacher par des liens puissants qui descendent jusqu'au plus intime de l'âme. J'ai été mêlé à vos peines, j'ai vu la misère d'un très grand nombre, et j'ai souffert de ne pouvoir pas lui apporter des remèdes autant qu'il aurait été nécessaire et que je l 'aurais voulu. .Je vous ai donné mon dévouement, mon coeur et tout mon argent. Je pars du milieu d'entre-vous, n'emportant même pas ce que j'avais en y arrivant. Mais, je bénis le Bon Dieu
d'avoir pu parfois soulager quelques misères. Souvent j'y ai trouvé mes plus grandes consolations.

Le chagrin très vif que je ressens à la pensée de vous quitter et de ne plus vous adresser la parole ici, chaque Dimanche, je l'offre au Sacré-Cœur de Jésus pour que sa grâce ouvre au repentir les âmes des pécheurs et vous accorde à tous une grande augmentation d'amour de Dieu.

De même, mes frères, je vous prie, ceux qui pourraient éprouver quelques peines de ce départ, de ne pas perdre votre mérite en récriminations stériles. Si votre chagrin est réel, donnez-lui une valeur surnaturelle en l'offrant à Dieu pour le succès de nos retraites paroissiales qui commencent ce matin.

C'est par la voix des supérieurs que Dieu nous manifeste ses volontés. Quand l'autorité a parlé, il n'y a qu'à s'incliner comme si Dieu lui-même avait parlé. Rien n'arrive sans sa permission et tout ce qui arrive est pour notre bien, même si cela ne nous paraît pas ainsi, même si cela nous fait souffrir.

Depuis dix-sept ans j'ai beaucoup prêché dans cette chaire. Rappelez-vous que, à l'exemple de S. Paul, "je n'ai pas jugé bon de rien savoir parmi vous que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié", dont le monde d'aujourd'hui ne veut plus.
"Et, mon langage et ma prédication n'ont pas consisté en
"discours persuasifs de sagesse humaine, mais en démonstration
"d'esprit et de puissance, afin que votre foi ne soit pas fondée
"sur une sagesse d 'homme, mais sur la puissance et la sagesse
"de Dieu." – (I Cor. 2-2).
À cause de cela, on a souvent trouvé mes paroles sévères, la doctrine austère même exagérée, cependant, je ne crois pas avoir dépassé ni même atteint la pensée de l'Évangile et l'enseignement des saints.

En tout et toujours, j'ai ardement voulu le bien de vos âmes et la gloire de Dieu qui doit être notre occupation principale.

Au cours de ces dix-sept années, à cause de mes défauts, il m'est certainement arrivé pour une raison ou pour une autre d'en contrister un grand nombre d’entre-vous. Je vous prie de croire que cela a toujours été involontaire. Ceux auxquels j'ai fait de la peine je les prie de me pardonner avec la même générosité que le Sacré-Cœur mettra à leur pardonner leurs fautes durant les jours de miséricorde de la retraite.


Pour ma part, je n'ai rien à pardonner à qui que ce soit. Car, si j'ai eu des chagrins, je ne connais personne de ceux qui me les ont causés et je ne veux pas en connaître.

Pendant ces jours de retraite nous prierons ensemble pour que le Bon Dieu vous envoie un pasteur selon son cœur qui puisse vous faire le bien dont je n'ai pas été capable. Quand il viendra, recevez-le comme l'envoyé de Dieu et sans vain retour sur le passé, sans comparaison avec qui que ce soit, donnez-lui votre confiance entière.

Enfin un dernier mot pour remercier les bons vicaires qui durant mon absence forcée m'ont remplacé avec un zèle qu'il m'a été agréable d'entendre louer et que je prie Dieu de récompenser.

Je veux aussi remercier nos marguilliers avec lesquels il y a toujours eu entente et collaboration, les membres si dévoués de notre comité d'Action Catholique, nos admirables conférences Saint-Vincent de Paul, d'hommes, de jeunes gens et de demoiselles, nos Enfants de Marie qui chaque Dimanche vont à domicile chercher la "Part de Dieu", notre Garde Ste-Jeanne-d'Arc si dévouée à tous les services d'ordre, et en général tous ceux qui d'une façon ou de l'autre ont travaillé aux œuvres de la paroisse.

Je remercie tant de bonnes familles dont l'inlassable générosité a permis la construction, l'entretien de cet édifice, le progrès et la vie spirituelle de cette paroisse. Sans elles qu'aurions-nous pu faire ?

Et. les autres que je n'ai pu conquérir, prions la Vierge Marie que le nouveau curé les attire au Cœur de Jésus.

Et mon dernier mot sera maintenant la parole du "Pater":
"Que votre volonté soit faite Seigneur sur la terre comme au ciel."
Quel sera notre bonheur si nous passons le reste de nos jours et si nous finissons notre vie en faisant la volonté de Dieu!

Prions tous les uns pour les autres afin que, vivant plus de Foi, nous sachions nous nourrir de renoncements comme on se nourrit de pain,
Ainsi soit-il.

(signé : ) Édouard-V. Lavergne Ptre


(La photo est celle du curé Lavergne en compagnie de Jean-Baptiste Fradet. Son frère jumeau Alexandre et lui étaient les chauffeurs du Curé.)

Michel.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire