Nous continuons les efforts chronologiques de réhabilitation de l'église Notre-Dame-de-Grâce. Après l'étude de faisabilité effectuée par Richard Lavoie, datée de juillet 1998, les organismes "Ateliers Entr'Actes" et "Service d'intégration au travail, l'Espoir" convoquèrent une réunion à l'église pour le 17 septembre, déplacée ensuite au 23 septembre. Simonne Dumont y fut invitée.
Puis nous nous retrouvons en janvier 1999, alors qu'une étude fut publiée par l'historienne de l'art Katia Macias-Valadez (maîtresse ès arts) (cliquer ici pour une photo) constituant une "Demande de classement de l'église Notre-Dame-de-Grâce" à la Commission des biens culturels du Ministère de la culture et des communications.
Dans la section du formulaire demandant "Quelles sont les raisons qui incitent à faire une demande de classement ?", l'historienne expliqua que le premier motif était la protection de l'édifice jugé par les experts comme exceptionnel dans l'histoire de l'art québécois. L'église représentait une affirmation rationaliste unique dans l'histoire de l'architecture religieuse, non seulement pour la ville de Québec mais aussi pour la région et l'ensemble du Québec.
Le classement formel de l'église comme bien culturel patrimonial par le Ministère constituerait une étape essentielle :
- dans un premier temps, pour lui donner la reconnaissance et la notoriété qu'elle mérite, en plus de reconnaître à Gérard Morisset son oeuvre architecturale unique, de la mettre à l'abri de promoteurs et d'appuyer les demandes de subventions en vue de sa conversion ;
- d'autre part, pour célébrer la mémoire d'autres personnalités comme l'abbé Jean-Thomas Nadeau et le curé Édouard-Valmore Lavergne, mais aussi et surtout celle d'un quartier qui a connu des moments glorieux à la fois économiques, artistiques et religieux. La mémoire des familles qui se sont impliquées dans l'édification de l'église, notamment en immortalisant leur nom dans les verrières colorées et chatoyantes des baies qui rythment la nef, mériterait d'être préservée.
Si NDG ne vivait pas une situation d'urgence face à d'éventuels démolisseurs, il n'en demeurait pas moins que des entrepreneurs peu soucieux de la préservation de notre patrimoine collectif pourraient y voir une proposition alléchante pour la spéculation immobilière, d'autant plus que le quartier connaissait depuis quelques années des signes de développement appréciables. Il fallait également envisager le développement du site en maillage avec son environnement immédiat, soit la falaise où se trouve un site extérieur de dévotion et de pèlerinage. Finalement le classement du bien en question constituerait une étape importante dans le processus de prise en charge par les organismes qui l'occupaient alors.
Dans la section concernée par la question "Quel est l'intérêt du bien et qu'est-ce qui justifierait son classement ?", l'historienne Macias-Valadez répondait :
Sur le plan architectural, l'église se démarquait dans l'histoire de la construction d'églises au Québec parce que, entres autres, J.-T. Nadeau et G. Morisset, théoriciens à la base, mirent en application les principes rationalistes préconisés par des architectes français comme le célèbre Eugène Viollet-Le-Duc (photo) à qui on associe la restauration de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. Selon ces principes, un édifice doit montrer la structure tout en exploitant les qualités expressives des matériaux plutôt que de multiplier les éléments ornementaux. Sur le plan esthétique, il se dégageait une grande harmonie formelle due au fait que l'ornementation de l'église a été conçue, dans ses moindres détails, par G. Morisset qui, en assumant la supervision du chantier, a pu s'assurer d'un travail bien fini. Les verrières, le maître-autel, les autels latéraux et les autres pièces de mobilier finement sculptées dans le bois ont été entièrement conçus par Gérard Morisset qui en a fait des dessins minutieux et précis.En somme cette église pouvait être abordée comme une oeuvre d'art complète, c'est-à-dire issue d'un concepteur ou d'un tandem unique ayant réfléchi à tous les aspects fonctionnels et esthétiques de l'édifice, un peu à la manière des concepteurs de cathédrales qualifiées de gothiques et tant admirées. Nos concepteurs québécois ont su adapter leur ambition architecturale à leur réalité contextuelle.
L'unicité et la richesse patrimoniale de l'église Notre-Dame-de-Grâce justifiaient le classement de ce monument comme bien culturel québécois. C'est ainsi que Katia Macias-Valadez concluait son étude.
Michel.

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