mardi 2 novembre 2010

Biographie du curé Lavergne par Maude Routier, partie 06 : l'orateur

En 1998, une biographie du Curé Lavergne fut rédigée par Maude Routier sous le titre de "Édouard-Valmore Lavergne, 1879-1948, curé fondateur de Notre-Dame-de-Grâce. Esquisse biographique." Elle sera reproduite ici dans NDG-Québec en plusieurs sections, avec peu de modifications (entre parenthèses). J'espère que nos remerciements sincères pourront parvenir jusqu'à l'auteure. Voici le chapitre "L'orateur" :

L'ivrognerie, les danses, le travail du dimanche, les divertissements malsains, les journaux à scandales et toutes les sources de péché, tels sont les sujets sur lesquels discourt le plus souvent le curé Lavergne lors des sermons dominicaux. Son style éloquent et flamboyant le distingue des autres curés qui chassaient aussi les mêmes maux; ses sermons attirent toujours des auditoires considérables. Des anciens paroissiens tels Marguerite Matte, Germaine Lemelin et le Père Léo Plante se rappellent du curé Lavergne comme d'un grand orateur, mais aussi comme d'un homme de coeur.

Par exemple, le sermon qu'il prononce le 2 avril 1925 démontre bien le style qui le caractérisait. Dans son prône, il expose les résultats de son enquête sur la consommation de bière dans la paroisse Notre-Dame-de-Grâce.
"Chaque semaine 1 000 $ sont dépensés pour la bière, ce qui fait une moyenne d'à peu près 1.50$ par famille en chiffres ronds. Chaque semaine, nous ramassons par la collecte à domicile à laquelle se donnent inlassablement d'admirables jeunes filles, et par quêtes dans l'église, bancs compris, la somme de 320 $ au plus, ce qui fait une moyenne de 0.50$ par famille en chiffres ronds. Donc, le budget de la bière dans la paroisse est plus considérable que le budget du Bon Dieu. L'on ne mesquine pas pour satisfaire une soif grossière et brutale; on mesquine sur la part à faire à Dieu de ses biens."
Aussi, en novembre 1930, en compagnie d'autres curés de la ville de Québec, le curé Lavergne va même jusqu'à rencontrer M. Drouin de la Commission des liqueurs afin de demander la suppression de certaines tavernes, la fermeture des établissements à 10 h 00 du soir et la prohibition de toute publicité en faveur des boissons alcoolisées.

Cela n'est qu'un petit exemple du type de discours moralisateur qu'il clame à son auditoire. Il fait aussi plusieurs discours sur les retraites fermées et la vie sacerdotale. Le père (Léo) Plante (photo), qui a lui-même été conduit au sacerdoce par le curé Lavergne, se rappelle entre autres avoir vu plus de vingt jeunes gens prendre l'habit, dont sept sont devenus prêtres. Cependant, les sermons qui ont le plus retenu l'attention et dont on se souvient le plus souvent, ce sont probablement ceux concernant la politique.

Le politicien

La passion de la politique habite le curé Lavergne et malgré le fait que l'Église condamnait les curés qui s'en enthousiasmaient trop, il y consacre de nombreux sermons et beaucoup d'énergie. Les enjeux comme le trust de l'électricité, les écoles françaises en Saskatchewan, les périodes électorales, sont bien connus du curé Lavergne et de ses fidèles qu'il prend plaisir à renseigner. Malheureusement, durant la Deuxième Guerre, son goût pour la politique lui coûte son poste de curé. Les exemples abondent sur ce sujet, mais nous n'en aborderons qu'un seul, celui qui l'a fait connaître à l'échelle provinciale.

Le 17 novembre 1935, le curé Lavergne prononce un sermon à l'église Notre-Dame-de-Grâce où il expose ses vues sur les prochaines élections. Il expose la marche à suivre pour un bon gouvernement: "Votez en hommes libres, en patriotes, en bons chrétiens". (On peut lire le texte complet ici.) Son discours a de très grandes répercussions et des centaines d'exemplaires sont imprimés et distribués dans la ville. Ce qui popularise cette allocution, c'est l'accusation de chantage politique qu'il porte subtilement mais sûrement contre Louis-Alexandre Taschereau:
"Enfin, hier encore, le Chef du Régime lui-même signifiait par téléphone au Recteur de l'Université que cette institution en porterait les conséquences si tel prêtre ne supprimait pas la conférence qu'il doit prononcer à la radio, cet après-midi pour l'Heure Catholique. [...] Voilà des méthodes de chantage, un système d'oppression dont la conscience publique souffre, contre lesquels elle se révolte."
Ayant vent de cette accusation, Louis-Alexandre Taschereau écrit au recteur de l'Université Laval, Mgr Camille Roy, pour lui exposer les faits et lui demander une déclaration publique démystifiant le fait qu'il aurait reçu des menaces et qu'il aurait été victime de chantage. (On peut lire cette lettre ici.) Mgr Roy lui répond positivement et communique une déclaration à trois journaux de Québec.

À la suite de cet incident, le curé Lavergne reçoit des avertissements du clergé à l'effet de cesser de s'afficher ainsi sur la scène politique, mais il n'était pas homme à se laisser marcher sur les pieds ni à garder le silence quand il percevait une quelconque inégalité. Quand la Deuxième Guerre éclate et que le gouvernement commence à parler de conscription, il s'élève encore contre cet affront à la liberté et à la morale des catholiques qui prônent la paix. Il reçoit alors de nouveaux avertissements, mais son acharnement à défendre les Canadiens français qui ne voulaient pas aller à la guerre lui coûte sa cure. Il démissionne en octobre 1941 et c'est l'abbé (Joseph Falardeau) qui lui succède au poste de curé de Notre-Dame-de-Grâce.

À suivre.
Michel.
(Merci au Comité de mise en valeur de l'église NDG pour l'image de l'un des panneaux.)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire