En 1998, une
biographie du Curé Lavergne fut rédigée par
Maude Routier sous le titre de
"Édouard-Valmore Lavergne, 1879-1948, curé fondateur de Notre-Dame-de-Grâce. Esquisse biographique." Elle été reproduite ici dans NDG-Québec en plusieurs sections, avec peu de modifications (entre parenthèses). J'espère que nos remerciements sincères pourront parvenir jusqu'à l'auteure. Voici
quelques citations suivies de la
conclusion :
Le curé Lavergne au prône, le dimanche 21 avril 1935 :"Vendredi à 8h00 dans la salle des Promotions de l'Université Laval, grand ralliement des jeunes gens de toute la ville. L'Honorable Monsieur (Charles-Joseph) Arcand, Ministre du Travail, sera présent. Les organisateurs de l'enquête sur la situation de
la jeunesse dans la crise donneront les résultats de leur travail. Il s'agit d'obtenir du Gouvernement des mesures légales plus favorables à la jeunesse. Plus la démonstration sera nombreuse, plus les demandes ont de chances d'être plus favorablement accueillies. Il ne s'agit pas ni d'être bleu, ni d'être rouge; cette farce-là a déjà trop duré. Il s'agit de savoir si oui ou non nos gouvernements vont continuer à se désintéresser du sort de notre jeunesse et à l'amuser avec des promesses illusoires ; il s'agit de faire savoir aux chefs de la nation qu'une jeunesse monte, inquiète, écoeurée de l'inaction, prête à agir vigoureusement pour remplacer les partis et les gouvernements qui se moquent d'elle."
Le curé Lavergne au prône, le dimanche 20 janvier 1935 :"Conférence du Docteur Philippe Hamel (photo). Sujet :
le trust de l'électricité (...). La séance sera très intéressante : le sujet est d'actualité.
L'Honorable M. Taschereau a dit de son siège en Chambre qu'il fallait sauver le Trust de l'électricité pour sauver les évêchés et les écoles. J'ai bien le droit de lui répondre au nom de la vérité que ça n'est pas vrai. C'est une odieuse affirmation qui tend à laisser croire que les évêchés et les collèges, en un mot le clergé, nous sommes solidaires des abus du trust et de ses canailleries.
Si M. Taschereau voulait être sincère, il confesserait que c'est moins les évêchés et les communautés religieuses qui l'intéressent, que ses émoluments dans ses 17 électorats de gros trusts plus ou moins liés aux manigances et abus du trust de l'électricité.
Je dis ceci pas dans un sentiment de haine contre M. Taschereau mais par souci de ne pas laisser s'accréditer dans votre esprit cette légende dénoncée par Pie XI dans (mot illisible) que nous sommes les alliés dans leurs coffres-forts contre le petit peuple. C'est un mensonge que j'ai le devoir de travailler à abattre, même s'il trouve des terres complices dans l'Honorable Premier Ministre.
Et ce soir, à la salle, j'aurai autre chose à dire."
Le curé Lavergne au prône, le 24 juin 1934 :"Aimer sa race, son pays, est un devoir qui appartient à la vertu de charité. La fête nationale est une occasion favorable pour reprendre des résolutions et retremper son âme dans cette vertu en affirmant son patriotisme par les sacrifices que réclame cette fête. Prenons aujourd'hui la résolution d'aimer notre religion et notre nation au-dessus des partis politiques.
Je vous ai déjà dit que les deux partis se valent au point de vue national et au point de vue religieux. Les deux portent sur leur nom un égal nombre de la charge.


Les
conservateurs à Ottawa viennent d'en commettre un nouveau. C'est au sujet des
billets de la Banque Centrale qui, par leur faute, sera absolument anglais. Le fanatisme a triomphé et nos représentants canadiens-français ont trahi nos droits pour servir le parti, à l'exception de quatre que je veux nommer afin de ne pas l'envelopper dans la réprobation et le mépris que méritent les autres (...)
Il est bon de ne pas oublier qu'en pareilles circonstances notre grand Canadien Sir
Wilfrid Laurier (photo à gauche) n'a pas mieux agi. C'est en s'appuyant sur l'une de ses déclarations que
M. Bennett (photo à droite) a cru légitimer son favoritisme."
(Extrait d'un journal sans référence:)"Et dans son discours,
Laurier déclarait:
"Sans doute il y a des circonstances où le français doit être parlé, il y a des cérémonies publiques où il faut qu'il soit parlé mais c'est aller un peu trop loin, je crois, que d'affirmer, ainsi qu'on le fait, que le français doit être employé à toute occasion et que tout document public doit être imprimé en français d'un côté et en anglais de l'autre. Je comprends par exemple que mon honorable ami veut que les billes de banque soient imprimés, soit en français, soit en anglais."
La conclusion de ceci c'est que, des deux côtés, il n'y a rien à attendre au point de vue national ou religieux; il faut se tourner vers Dieu et le prier de venir à notre aide."
Témoignage de Marguerite Matte, juin 1997 :Marguerite Matte, qui était paroissienne lorsque le curé Lavergne était là, racontait que,
dans les périodes d'élections, l'église était tellement bondée qu'il fallait ajouter des chaises dans les allées et barrer les portes de l'église. Souvent, des gens attendaient sur le perron pour assister à la messe suivante. Elle raconte aussi que les rues avoisinantes de l'église étaient bondés de voitures et que, puisque personne n'avait de voiture dans ce temps-là, cela démontrait bien le nombre de personnes étrangères à la paroisse qui venaient l'écouter.
Conclusion :
À la suite de sa démission (on peut lire son discours d'adieu à
cet endroit-ci), le curé Lavergne déménage chez sa soeur Bernadette, épouse d'Aurélius Blouin (qui avait l'épicerie au coin Arago ouest et Victoria, dont on voit une annonce ci-contre). Sa
retraite n'est certes pas inactive: il continue de prêcher pour les retraites fermées et de s'occuper des plus démunis.
Il meurt le 19 juillet 1948, à l'âge de soixante-huit ans et onze mois, à l'hôpital Saint-François-d'Assise. Un service solennel est chanté pour lui à la paroisse Notre-Dame-de-Grâce et il est inhumé au cimetière du Collège de Lévis.

Sa mort est une douloureuse perte pour plusieurs membres de la communauté religieuse, pour ses confrères journalistes, pour tous ceux qui connaissaient sa grandeur d'âme et pour la majorité de ses anciens paroissiens. L'héritage du curé Lavergne c'est tout d'abord l'exemple d'une foi solide qui a inspiré nombre de jeunes paroissiens à entrer dans la vocation religieuse et qui a cimenté la foi de plusieurs de ses paroissiens. Son legs le plus important à la paroisse Notre-Dame-de-Grâce, au-delà d'une église et d'une vie communautaire dynamique, c'est aussi un
enseignement sur Dieu et sur la vie en général. Ses écrits en sont le symbole vivant. À l'image de ses confrères du temps, il a été
l'un des bâtisseurs de "l'empire catholique" du Québec dans la première moitié du XXe siècle.Maude Routhier
(Merci à Jean-Paul Castonguay pour le détail concernant Aurélius Blouin.)
Michel.