
Note : M. l'abbé Lucien Robitaille a gentiment accepté de partager avec NDGquébec l'article qu'il a fait paraître dans un périodique. Dans son enfance il résidait de l'autre côté du boulevard Langelier, dans la paroisse Jacques-Cartier, mais il préférait les activités de NDG, qui étaient davantage proches de chez lui. Voici la seconde de trois parties :J'ai vécu dans cette église des moments beaucoup plus intimes. Mon père m'amenait avec lui à la messe de sept heures. Je me souviens surtout des matins d'hiver. Entrés dans l'église, mon père et moi allions occuper le dernier banc à l'arrière, le dos au calorifère qui longeait le dos du banc. Je me souviens encore du sentiment de bien-être que j'y éprouvais. Les soeurs de Saint-François-d'Assise qui tenaient le couvent des filles étaient déjà rendues, regroupées à leurs places attitrées à l'avant-gauche de l'église. Les frères des Écoles chrétiennes de l'École supérieure venaient aussi à cette messe de sept heures. Ils arrivaient en ordre dispersé, un par un ou deux ensembles, et s'éparpillaient çà et là dans le dernier tiers de l'église.
Monsieur Marcoux, qui a habité au troisième étage de la maison voisine de chez nous durant plusieurs années, était le maître-chantre. Lui, avec sa voix de ténor léger aux intonations précises, et son compagnon,
Monsieur Morin (note), barbier de son métier sur la rue de Mazenod, avec sa voix chaude de baryton, chantaient un grégorien dont j'ai pu apprécier la qualité quand plus tard j'y ai connu quelque chose. Ces deux hommes, me confia un jour Monsieur Marcoux, se perfectionnaient sans cesse en fréquentant l'École de musique de l'Université Laval et les moines de l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac.C'est évidemment à l'église que l'on rencontrait les prêtres. Je me souviens assez vaguement du curé Lavergne. Sa prédication des mercredis de saint Joseph attirait les foules. De chez nous, nous pouvions voir des gens de la haute-ville descendre l'escalier de la rue Colbert. Quand l'église était pleine, le connétable fermait les portes à clef pour éviter trop d'affluence. Piété et dévotion, sans doute, mais aussi autres intérêts: on attendait chaque fois de cet orateur extraordinaire des propos percutants à saveur politique nationaliste. Il avait au milieu de son peuple la réputation d'un homme d'une charité absolue à l'égard des plus pauvres.
On racontait qu'on l'avait retrouvé un jour sans souliers parce qu'il venait de les donner à un quêteux. Ce fut un grand étonnement et une grande tristesse quand il fut démis de ses fonctions à cause, disait-on, de ses opinions politiques trop affirmées. J'ai, dans ce contexte, un souvenir très précis. Le curé venait de quitter officiellement la paroisse. Je devais avoir six ans. Nous remontions, mon père et moi, le boulevard Langelier du côté de Notre-Dame-de-Grâce. Mon père me dit: «Regarde, c'est Monsieur le curé Lavergne qui s'en vient ». Il descendait vers nous. Rendu à notre niveau, mon père lui dit: «Bonjour, Monsieur le curé. J'espère qu'on va vous revoir encore. » Le curé lui a répondu: «Je ne le pense pas, Monsieur Robitaille, je le pense pas.» Le curé Falardeau qui lui a succédé était un brave homme, mais il n'avait aucun talent de prédicateur. L'évêque a eu beau le nommer chanoine, il n'a jamais pu effacer chez les plus vieux la nostalgie du curé fondateur de leur paroisse.
Nous, les enfants, nous connaissions plutôt les vicaires. L'abbé Bélanger était celui qui venait au collège. C'est lui qui nous parlait lorsque nous nous rendions à l'église pour aller à la confesse. Il se mettait en face de nous, dans un banc, et nous préparait à recevoir le sacrement. Il nous parlait bien. Une fois, il nous avait raconté et commenté la parabole de la brebis perdue et retrouvée. Que nous avait-il dit de précis? Je ne le sais pas, mais je me souviens que j'avais beaucoup aimé cette histoire.
Cependant, le moment venu d'entrer dans le confessionnal, j'aimais mieux aller rencontrer l'abbé Gosselin, je ne sais pas trop pourquoi, mais sa façon de me parler était bonne et douce. Des années, bien des années plus tard, j'ai fait du ministère avec lui dans sa paroisse Saint-François-Xavier à Duberger. On a célébré sur les entrefaites son vingt-cinquième anniversaire d'ordination. Étaient présents aussi beaucoup de gens de Notre-Dame-de-Grâce et de Saint-François d'Assise où il avait été vicaire, de même que de Joly de Lotbinière où il avait été curé. Qu'ont célébré tous ces gens? Son accueil chaleureux, sa bonté sans faille, sa compassion jusqu'aux larmes. J'ai découvert alors pourquoi je l'avais aimé quand j'étais petit. (à suivre)Note : L'abbé Robitaille nommait "Monsieur Benoît" comme chantre et barbier mais, selon des informations venant de résidents de NDG, Benoît Morin, cordonnier, était le père de Lucien Morin qui, lui, était le maître de chapelle et barbier.
(Merci à la revue du diocèse, "Pastorale-Québec", où cet article est paru en septembre 2009.
On reconnaît les photos de l'abbé Lucien Robitaille, Valère Marcoux, Lucien Morin, le curé Lavergne et les abbés J.-Albert Bélanger et Gérard Gosselin.
Michel.)
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