Note : M. l'abbé Lucien Robitaille a gentiment accepté de partager avec NDGquébec l'article qu'il a fait paraître dans un périodique. Dans son enfance il résidait de l'autre côté du boulevard Langelier, dans la paroisse Jacques-Cartier, mais il préférait les activités de NDG, qui étaient davantage proches de chez lui. Voici la première de trois parties :
C'est en contemplant un jour la voûte en forme de vaisseau inversé de la magnifique église Saint-Zénon à Vérone que je me suis rendu compte, pour la première fois de ma vie, du privilège que j'avais eu de fréquenter pendant des années sans le savoir un édifice d'une beauté incomparable, l'église de mon enfance, Notre-Dame-de-Grâce à Québec. Aujourd'hui, cette oeuvre architecturale unique de Gérard Morisset est en première ligne sur la liste des édifices religieux à conserver coûte que coûte. Au grand étonnement de bien des gens qui l'avaient vu de bien haut en descendant la Côte Salaberry. Moi, pourtant, je l'avais toujours trouvée belle. À ceux qui se moquaient de son clocher différent de tous les clochers traditionnels des alentours - c'est bien le clocher qui ressemble à une boîte de savon? ai-je entendu un jour de la bouche d'une personne par ailleurs cultivée - je vantais le plafond de sa nef en bois naturel vernis et la dentelle de colonnes délicates qui délimitait le choeur. Un prêtre m'a dit combien il était fier d'avoir sauvé cette église paroissiale d'un désastre alors qu'il y était tout jeune vicaire. Les marguilliers de la fabrique, pour moderniser leur église avaient eu l'idée de recouvrir de peinture blanche tout ce bois trop sombre à leur goût. Le curé avait fait part de cette intention à son vicaire, tout à fait incidemment, au cours d'un repas. Timidement, le jeune prêtre avait suggéré qu'on devrait peut-être y penser encore un peu avant de s'engager dans une telle transformation. Il a réussi à créer un certain doute dans l'esprit du curé si bien que, de fil en aiguille, le conseil de fabrique a fini par renoncer à son projet.Ce qui faisait cependant la beauté de ce temple, c'était la vie qui s'y déroulait. D'abord, on n'y ménageait pas l'éclairage. Autour et au-dessus de l'autel, des anges, les uns triomphants, les ailes dressées en l'air, d'autres prostrés, les ailes retombantes, portaient dans leurs mains angéliques de brillantes lumières. À l'arrière de l'église, c'était le royaume des lampions. De larges comptoirs en soutenaient une multitude, les uns offerts, d'un côté à la Sainte Vierge, de l'autre à saint Joseph et au centre, comme il se devait, au Sacré-Coeur. À la fin des messes du dimanche, le sacristain-connétable revêtu de son costune galonné se plaçait près de la statue de Notre-Dame-de-Grâce et les gens lui confiaient leurs offrandes pour qu'il allume leur lampion.
Les Quarante Heures étaient une apothéose de la lumière. Le sacristain sortait tout ce qu'il avait en frais de luminaires, de trépieds à lampions et à lampes du sanctuaire et il en couvrait littéralement tout le plancher du choeur. Des gerbes de glaïeuls ou de pivoines selon les saisons, surtout des fougères géantes conservées à l'année dans la sacristie fournissaient le complément floral à la décoration. Le Saint-Sacrement était exposé dans un immense ostensoir-soleil situé très haut au-dessus de l'autel auquel le prêtre accédait mystérieusement par un escalier caché derrière le maître-autel. Deux membres de la garde paroissiale Sainte-Jeanne-d'Arc, en uniformes d'un brun dont je n'ai jamais compris le choix, montaient la garde, épée au clair, immobiles, de chaque côté de l'avant-choeur. J'aimais beaucoup être là quand s'effectuait le changement de la garde à la demi-heure. Les remplaçants sortaient de la sacristie, s'avançaient au pas cadencé, se plaçaient à côté de leurs collègues immobiles et effectuaient des mouvements d'une précision digne des gardiens du palais de Buckingham, en chuchotant à mi-voix les commandements indispensables. (à suivre)(Merci à la revue du diocèse, Pastorale-Québec, où cet article est paru en septembre 2009.
La photo montre des Quarante-Heures en 1950.
Michel.)
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