Tel était le titre de la composition que j’avais écrite à l’école à l’automne de 1968. En secondaire 3 (10e année du cours classique) à Cardinal-Roy, l’enseignante de français nous avait demandé de raconter un événement qui nous avait marqués. Comme il y a 40 ans, soit le 15 septembre 1967, était lancée la rumeur d’une apparition de la Vierge, survenue ou anticipée, à la grotte Notre-Dame de Lourdes à côté de l’église Notre-Dame de Grâce, j’ai pensé transcrire ici (quelques fautes en moins) la « rédaction » (comme on disait à l’époque) à ce sujet.
« - Il paraît que la statue de la Sainte Vierge à la caisse populaire a changé de position.
Cette parole de mon père, dès sa rentrée à la maison, un vendredi soir de septembre, marqua le début d’une série de péripéties qui allaient rendre notre paroisse célèbre pour quelques semaines.
Mais les on-dit avaient fait dévier de la vérité les circonstances de cet événement qui s’était supposément produit à la grotte de Notre-Dame de Lourdes, sur la même rue. C’est surtout la curiosité qui m’a poussé à me rendre moi-même sur les lieux du phénomène. J’ai pu me rendre compte qu’un va-et-vient inhabituel régnait dans la rue et que le mystère avait envahi l’atmosphère. Les opinions qu’émettaient les personnes qui s’y étaient rassemblées variaient d’un individu à l’autre et se contredisaient quelques fois. Ainsi j’appris qu’une fillette de neuf ans, hypersensible et ayant de fortes capacités intellectuelles, du nom de Johanne Allison, s’était rendue à la grotte plus tôt pour prier. Elle avait vu dans les bras de la statue de la Sainte Vierge sa mère qui était morte depuis plus d’un an et cette dernière lui avait alors demandé de revenir le dimanche suivant, vers l’heure du midi. La petite s’était évanouie par la suite. La statue aurait même changé la position de ses mains et la direction de son regard. Ainsi naquit l’idée d’une apparition.
Il faut dire que, depuis quelques années, la petite grotte de Notre-Dame de Lourdes était abandonnée et devenue un endroit idéal pour les jeux des enfants. Cette grotte, creusée depuis plus de quarante ans à même le roc dans la falaise à la hauteur de la rue de Mazenod, n’a pas d’ornements excessifs. De la pierre blanche forme une sorte de voûte aux lignes brisées. Au fond deux statues personnifient Bernadette Soubirous agenouillée aux pieds de la Vierge. Un petit autel surmonté d’un crucifix se dresse un peu plus loin, derrière une clôture d
e fer forgé.
Mais ce soir, ce lieu de pèlerinage revêtait un caractère spécial. La seule lumière que réfléchissait sur lui l’astre de la nuit laissait voir un spectacle grandiose. Les arbres alignés de chaque côté de la grotte formaient un décor qui approchait celui d’une crèche de Noël. Cette image m’incitait à réfléchir sur les conséquences de cet événement s’il ne s’avérait pas qu’une simple « fumisterie ». D’autre part la nouvelle avait vite fait de se répandre dans la ville et la circulation s’était sensiblement amplifiée. Ainsi s’acheva cette première journée.
Le lendemain fut moins nourri en émotions, sauf qu’un afflux de gens de tout âge et de tout acabit envahit l’emplacement pendant toute la journée, augmentant considérablement la population de notre paroisse. Certaines personnes, encouragées par des pèlerins déjà convaincus de l’authenticité du fait surnaturel, faisaient monter de ferventes prières, tandis que d’autres,
plus sceptiques, se contentaient de satisfaire leur curiosité.
Pendant la nuit du dimanche, des dizaines de fidèles sont allés jusqu’à dormir à l’extérieur, tout près de la grotte, afin de se réserver une place pour le lendemain. Ils n’ont pas eu tort car, un peu avant midi, c’est par milliers que les gens s’étaient massés du pied de la grotte jusqu’à deux coins de rue plus bas. Mais midi sonnait aux cloches de l’église et rien d’anormal ne s’était produit. On a même confondu une fillette accompagnée d’une adulte avec la jeune Johanne, tellement l’impatience avait atteint son paroxysme. Enfin la jeune fille si attendue fit son apparition, ayant réussi à se frayer un chemin à travers la foule toujours de plus en plus dense. Mais comme les gens la pressaient pour la toucher, elle fut ramenée chez elle peu de temps après.
Ainsi le fait surnaturel tant anticipé n’avait pas eu lieu. Mais quelques guérisons de personnes qui étaient allées prier ont été rapportées. Ainsi une femme partiellement privée de l’usage de la parole depuis quelques années aurait retrouvé sa voix normale. S’agissait-il de pures coïncidences (…) ? Moi-même j’ai lu dans un livre ouvert à la droite du site ces mots : « Je veux voir ici beaucoup de monde. » Avant la venue définitive du froid hivernal, de nombreuses délégations sont venues en effet rendre hommage à Marie.
Cette manifestation peut avoir été créée de toutes pièces par un petit groupe de plaisantins, mais elle a atterré plusieurs personnes qui sont tombées en extase ou qui ont été victimes de malaises dus à la trop grande expression de leurs émotions. »
Les images proviennent du quotidien L'Action du 18 septembre 1967. Sur l'une, on voit un paroissien qui s'était approché de la statue pour l'épousseter. Sur l'autre, une vue de la rue de Mazenod montre la grotte au loin. Dans un prochain message, je ferai quelques ajouts à la description de cette situation, de façon à essayer d’expliquer ce qui s’était probablement produit.
Michel.