dimanche 30 septembre 2007

Histoire de Notre-Dame de Grâce, partie 3 : vers la construction de l'église.

Voici la dernière section de l'exposé de Denyse Légaré, qui avait expliqué auparavant comment le quartier Saint-Sauveur s'était développé pour en arriver à devoir morceler son territoire en paroisses. J'omets quelques phrases qui portaient surtout sur l'église une fois construite. Nous en parlerons sûrement lorsque nous atteindrons l'année 1926.
" Les premières discussions en vue de créer Notre-Dame de Grâce remontent en 1918, peu après le détachement de Sacré-Cœur de Jésus. On songe d'abord à la possibilité d'utiliser la chapelle Notre-Dame de Lourdes pour la nouvelle paroisse. Il n'y a pas d'espace vacant assez vaste pour construire un nouveau temple dans ce quartier presque totalement occupé par des maisons d'ouvriers et quelques marchands. C'était déjà aussi plein que ça l'est aujourd'hui ; il y avait des maisons partout. On n'avait pas vraiment d'espace sans sacrifier quelques maisons. L'archevêché trouve une solution et se porte acquéreur de l'unique grand terrain disponible dans ce parcellaire serré d'habitations. Symboliquement il achète la brasserie Fox Head, propriété de la National Breweries. (NDB : voir les deux messages de juin 2007.) Quelques bâtiments de la brasserie seront d'ailleurs récupérés par la paroisse pour servir de salle paroissiale et de théâtre. Certains d'entre vous doivent se souvenir du théâtre de Fred Ratté.
Le curé fondateur est Édouard-Valmore Lavergne. La paroisse lors de sa fondation (NDB : en 1924) rassemble 730 familles et quelque 4000 âmes. Ses limites sont le boulevard Langelier, les rues Demers, Hermine, Signaï, Colomb, Bayard, jusqu'au cap. Elle est placée sous la protection de Notre-Dame de Grâce en hommage aux pères oblats de Marie Immaculée desservant la paroisse-mère depuis sa fondation. La première messe est célébrée dans le soubassement de l'école de l'Immaculée-Conception, en attendant la construction de l'église.
De façon peu courante, la fabrique s'adresse, non pas à des professionnels du milieu, mais à des critiques en matière d'architecture religieuse contemporaine pour la construction de l'église. Le curé Lavergne, l'abbé Jean-Thomas Nadeau et le notaire Gérard Morisset oeuvraient ensemble au journal de l'Action catholique. Les deux prêtres étaient rédacteurs du journal, et Morisset publiait divers textes et dessins. Leurs plumes étaient virulentes, le curé Lavergne contre les multiples menaces de la vie urbaine, Morisset sur la tendance archéologique des architectes de l'époque qui, à son avis, copiaient les styles du passé.
L'abbé Nadeau et le notaire Morisset avaient travaillé ensemble à des églises temporaires, celles de Saint-Sacrement et Saint-Pascal-Baylon, Saint-Pascal de Maizerets aujourd'hui, qui ont été remplacées. C'était courant à l'époque de construire une église temporaire dans l'attente de budgets un petit peu plus importants pour construire une belle et grande église. Ce fut le cas dans d'autres paroisses, il y a eu Saint-Joseph, la paroisse Saint-Fidèle à Limoilou, la paroisse Saint-Dominique, la paroisse St.Patrick aussi, qui avait son église sur la Grande-Allée qui est détruite maintenant. À titre d'église temporaire, on construisait parfois un soubassement; simplement on se contentait de faire un premier étage de l'église et on allait construire par-dessus une église permanente. L'autre possibilité, c'était de construire une petite église assez modeste qui allait servir de salle paroissiale quand on aurait construit la plus grande église.
À Notre-Dame de Grâce, on souhaitait une solution définitive et immédiate. On voulait terminer l'église en un seul chantier. Pour l'abbé Nadeau et Gérard Morisset, l'occasion était unique. Il leur était en fait proposé de mettre en pratique et de formuler en un temple les théories qu'ils défendaient depuis plusieurs années. L'entreprise ne manquait pas de difficultés. Ils disposaient d'un terrain long et étroit, dominé par la falaise, inscrit dans une trame urbaine serrée, marqué par une forte dénivellation. La solution se devait d'être efficace et peu coûteuse pour ne pas imposer une dette trop lourde à la population ouvrière. Ce souci d'efficacité et d'économie des coûts a favorisé le recours à des solutions nouvelles et ingénieuses. Il fut par exemple proposé d'aménager le logement des prêtres sous l'église plutôt que de construire un presbytère détaché. L'église s'élève ainsi sur un soubassement imposant dans lequel il était également prévu d'installer des organismes communautaires comme la Caisse populaire et la Conférence Saint-Vincent de Paul. Un bâtiment existant est réaménagé en salle paroissiale, l'étage devant servir de cuisine, réfectoire et chambre pour le personnel féminin.
Morisset livre une œuvre complète à Notre-Dame de Grâce ; il dessine le maître-autel et le mobilier, les verrières et tous les ornements. Le 5 février 1925, Nadeau et Morisset déposent les plans devant les marguilliers de la paroisse. Ils sont publiés dans l'Action catholique : ils ont de bons contacts avec le journal. La bénédiction de la pierre angulaire a lieu le 21 juin. À ce moment, on s'affaire à creuser les fondations et on est en train de démolir la brasserie. Les travaux sont exécutés par des ouvriers membres des Syndicats catholiques.
Même fermée au culte, l'église Notre-Dame de Grâce demeure importante pour ses anciens paroissiens qui ont rejoint Saint-Sauveur, la paroisse fondatrice, et pour tous ceux qui s'intéressent à la conservation du patrimoine architectural et historique. Pour les fervents de l'architecture, Notre-Dame de Grâce constitue un véritable manifeste d'une volonté de renouveler l'architecture religieuse au Québec. La nécessité de réduire les coûts de construction a résulté en une économie des moyens et un renouveau formel. Ce mouvement a contribué à sensibiliser le clergé et à préparer, dirait-on, le terrain pour l'architecture de Dom Paul Bellot qui marquera la production architecturale du Québec à partir des années '30. Je partage avec vous cet amour, cette amitié pour l'église Notre-Dame de Grâce. Merci. "
Remerciement à Denyse Légaré. En illustration, un des plans originaux de Gérard Morisset pour la future église.
N.B. D'autres sites Internet faisaient un historique de St-Sauveur, mais ne sont plus disponibles, entre autres:
et le Comité des Citoyens et des Citoyennes du Quartier Saint-Sauveur (CCCSS)

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