lundi 21 décembre 2020

Anecdotes d'une première messe de minuit (1931)

 


Dans la "Bonne Nouvelle" (journal de Notre-Dame-de-Grâce) du 19 décembre 1931, un texte racontant des anecdotes d'un enfant à sa première messe de minuit fut publié. C'était présenté comme un conte de Noël, dont j'ignore l'auteur. Il fera du bien de rire un peu, pour oublier cette année 2020 qui ne fut pas facile. Voici la rédaction intégrale :

MA PREMIÈRE MESSE DE MINUIT

"Quand pour la première fois mes parents m'amenèrent à la messe, j'avais sept ans, et c'était pour la messe de minuit.

Depuis longtemps ma mère me parlait de l'Enfant Jésus, et j'avais hâte de voir ce petit Jésus qui m'avait donné déjà de si belles étrennes. J'eus beaucoup de peine à m'endormir, tant j'avais peur de ne pas être éveillé. Je revois encore la scène.

Nous partons en voiture, vers 11 heures. Comme nous approchons de l'église, il me semblait qu'elle était en feu; c'était la première fois que je la voyais la nuit. Nous entrons. Il faisait plus clair que dans le jour. Ma mère m'enlève mon casque et me lève pour me faire prendre de l'eau bénite. Je plongeai toute la main dans le bénitier et je me mis à pleurer parce que ma main était toute mouillée.

Maman m'essuya et la main et les yeux, puis, pour me consoler, m'amena droit tout en avant de la balustrade, à la crèche de l'Enfant Jésus. En arrivant, je criai tout haut:

-Oh! le beau petit Jésus!

Et je me précipitai vers le petit Enfant.

-Touche pas! murmura ma mère.

-Pourquoi?

-Chut !

Je ne comprenais rien à ce mystère.

Je m'agenouillai tout près du divin Enfant, et je l'examinai de la tête aux pieds. Oh! comme il me paraissait beau avec ses petits yeux toujours fixés au ciel, ses petits bras étendus, ses petites mains pas plus grosses que celles de Bébé chez nous! Et sa petite robe blanche ! .... la poupée de ma sœur n'était pas si bien habillée, va ! ... J'étais en extase.

Pourtant, quelque chose me surprenait: l'Enfant-Dieu ne remuait pas.

De le voir si tranquille, si différent de moi qu'on appelait le Mouvement Perpétuel, si différent des bébés que j'avais vus au berceau chez nous, je n'en pouvais croire mes yeux.

-Est-ce qu'il dort? demandai-je à ma mère. Mais on ne dort pas les yeux ouverts !

-Chut! chut!

-Maman, pourquoi que le petit Jésus me regarde pas?

-Chut! chut! on ne parle pas à l'église !

La réponse n'était pas très satisfaisante. Je continuai à regarder celui que maman priait et j'examinai la crèche. Il y avait là un bœuf. Ce qui me surprit, c'est que le petit Jésus était aussi gros que le bœuf. Puis je vis un autre animal qui ressemblait pas mal à un cheval, mais il me semblait que notre vieux Rouget n'avait pas les oreilles si longues que ça. Puis je regardai les petits moutons, ah! de beaux petits moutons blancs comme dans le champ, chez nous.

-Maman! regarde donc les beaux p'tits moutons. Est-ce que je peux en prendre un?

Maman sa hâta de me prendre la main.

-Viens-t'en, me dit-elle d'un air sévère.

Et nous nous rendons dans notre banc. Je regardai faire ma mère. Je vis que ses lèvres remuaient; je fis marcher mes lèvres moi aussi. Tout à coup, quand entrèrent les enfants de chœur, je m'écriai:

-Maman, regarde donc les petites filles en robe rouge !

Ma mère se mit à sourire.

Et la messe commença. Oh! mes impressions de première messe. À voir M. le Curé aller, venir à l'autel, se retourner pour le Dominus vobiscum, chanter, se taire, parler, mon imagination travaillait fort.

Je me demandais ce que c'était que cette table où il y avait des cierges plus grands et plus beaux que celui que ma mère allumait pendant les orages.

J'aurais bien voulu savoir pourquoi M. le Curé pouvait, lui, parler tout haut dans l'église et qu'à moi on disait: "On ne parle pas dans l'église."

Et puis, j'aurais bien voulu comprendre ce qui disait M. le Curé. Si la langue m'était inconnue, les gestes ressemblaient beaucoup à ceux de grand'mère quand elle me promettait une grosse récompense si j'étais sage.

Ce qui m'intrigua le plus, ce fut de voir partir tout à coup papa, maman et presque tout le monde. L'on ne parlait pas alors de la communion à des enfants de six ou sept ans.

Qu'est-ce qu'on donnait à manger à la balustrade, ce long escalier à trois marches?

Quand ma mère fut revenue, je lui dis:

-Qu'est-ce que vous êtes allée faire donc, maman?

Pour toute réponse, elle me mit le doigt sur les lèvres d'un air grave, puis se cacha la figure dans les mains. J'eus l'impression que je lui avais fait de la peine.

Papa, lui, avait les bras croisés et regardait tout le temps à la même place, comme le petit Jésus.

Je croyais que lui aussi était mécontent de moi.

Je me gardais bien de questionner encore, mais que j'avais hâte de parler et d'aller voir de nouveau la crèche!

Quand la messe fut dite et que les bancs commencèrent à se vider, maman m'emmena près de la crèche. Je m'approchai plus près que tout à l'heure, et je voulais à tout prix toucher à l'Enfant Jésus.

Ma mère me regarda avec deux gros yeux, qui me contrariaient fort. Le petit Jésus semblait tellement dire: "Laissez venir à moi les petits enfants." Je sentis la main de ma mère m'entraîner.

Mais c'est que je ne voulais pas quitter cette crèche qui me captivait.

Oh! les impressions d'enfance, elles s'écrivent pour la vie dans nos âmes tendres et simples. Plus tard elles revivent et impressionnent nos vieux ans."


Je vous souhaite de joyeuses Fêtes et une véritable bonne année 2021 !

Michel.

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