dimanche 27 avril 2014

Historique des dernières années de la présence des religieuses de Saint-François-d'Assise à NDG (partie 2)

Après que le Couvent de Notre-Dame-de-Grâce ait mis fin en 1973 à sa fonction d'enseignement, les Soeurs de Saint-François-d'Assise revinrent dans la paroisse en 1975, logeant dans le presbytère, duquel elles furent chassées par un incendie deux ans plus tard. Toujours dans son volume "Loué sois-tu, pour mes sœurs les saisons, les Soeurs de St-François-d’Assise au Canada 1904-2004", Lise Jacob (photo) termine ainsi son historique de la présence des religieuses à NDG :

La Maison Notre-Dame-de-Grâce en 1988

« Bien que depuis septembre 1977, les Sœurs de Saint-François-d'Assise n'aient plus de résidence communautaire dans la paroisse Notre-Dame-de-Grâce, sœur Marie-Berthe Gagnon y poursuit fidèlement son labeur pastoral. En 1988, elle voit d'un très bon œil le retour de l'Abitibi de sœur Jeanne-d'Arc Sylvain (photo de gauche ci-bas). Quel duo merveilleux ne formeraient-elles pas, sœur Jeanne-d'Arc et elle-même, travaillant ensemble dans cette paroisse aimée, d'autant plus chère qu'elle les a vues naître et grandir! Se pourrait-il avenir plus prometteur pour une seconde carrière? Dès ce moment-là, l'idée est semée chez les gens du quartier qui ne se sont jamais résignés complètement au départ des religieuses. Comme ils aimeraient leur confier encore leurs enfants, prier avec elles dans leur église, les voir circuler de nouveau sur leurs trottoirs et visiter leurs malades et leurs aînés qui se font avec les ans de plus en plus nombreux!

Il n'en fallait pas davantage pour que sœur Marie-Berthe gagne à sa cause sœur Jeanne-d'Arc et que toutes deux soumettent leur projet à sœur Marie-Thérèse Roy, supérieure provinciale. Ouverte aux appels de l'Esprit manifestés dans les désirs de ses sœurs, sœur Marie-Thérèse accueille favorablement leur demande d'insertion dans un milieu répondant au charisme franciscain. Elle prend alors contact avec sœur Lucille Matte (photo de droite), dont les parents (M. et Mme J.-Raoul Matte) habitent la paroisse et Lucille, sollicitée, accepte de devenir responsable du groupe. Sœur Julienne Doré sera appelée par la suite à compléter la fraternité.




Enthousiasmées, les sœurs devront  pourtant sacrifier de s'installer à Notre-Dame-de-Grâce même, la paroisse n'offrant pas de logement approprié. Néanmoins, elles considéreront comme providentiel de pouvoir louer au 591, boulevard Langelier (du côté est), à proximité du lieu où elles exercent déjà leur apostolat. Le 2 mai 1988, les membres du conseil provincial votent l'ouverture de la Maison, moyennant l'approbation de ce projet par l'Ordinaire du lieu et le conseil général. L'approbation étant accordée par les deux parties, sœur Marie-Thérèse autorise le groupe à aménager le nouvel appartement selon les critères de leurs besoins et du milieu choisi. Le 1er avril 1989, sœur Louise Denis, nouvelle supérieure provinciale, appuie la demande du groupe pour l'établissement d'un oratoire : « C'est de tout cœur que je donne mon consentement à cette requête. Jésus présent, honoré et visité fréquemment, reste toujours, surtout pour qui y croit, source de vie et de fécondité ».

De 1988 à 1993, sœur Lucille Matte, sœur Marie-Berthe Gagnon, sœur Jeanne-d'Arc Sylvain et sœur Julienne Doré forment la Fraternité Notre-Dame-de-Grâce, unies par l'objectif commun de « porter dans leur travail individuel une attention particulière aux personnes les plus démunies ». Nous voyons ainsi sœur Marie-Berthe et sœur Jeanne-d'Arc s'impliquer au niveau liturgique dans l'animation des messes, la direction de la chorale et les célébrations du baptême. Toutes deux visitent les personnes seules et portent la communion aux malades. Elles inaugurent et soutiennent de leur présence le mouvement Vie montante. Alors que sœur Marie-Berthe donne des cours de piano à la maison Sainte-Marie-des-Anges et à la paroisse, sœur Jeanne-d'Arc, aidée de dames qu'elle a initiées, prépare les enfants à la réception des sacrements. Aux cinq semaines environ, cette dernière est chargée de l'homélie aux messes dominicales. Soutien physique et moral, sœur Julienne se dévoue auprès de ses parents âgés et malades. Son vécu, son intérêt et sa participation à la fraternité demeurent pour sa famille et ses sœurs le témoignage de son attachement à la vie religieuse. Sœur Lucille poursuit sa carrière d'enseignante, secteur commercial, à Limoilou. Des jeunes et des adultes venant de milieux simples composent sa clientèle. Bénévole à la Maison de la famille, à l'écoute téléphonique, elle travaille aussi auprès des analphabètes dans le cadre du projet Alpha.

Au départ de sœur Julienne, sœur Hermance Lord (photo de droite ci-haut) vient se joindre au groupe. Réceptionniste au presbytère Saint-Sauveur, trois jours par semaine, elle enseigne la catéchèse à quelques adultes et fait partie de la fraternité des Associés. En 1994, à son cuisant regret, sœur Jeanne-d'Arc doit quitter « sa chère paroisse Notre-Dame-de-Grâce ». Sur son lit de malade à l'infirmerie, elle suivra les activités de ses sœurs.

C'est dans l'action de grâce que, le 29 mai 1994, la Congrégation vit le 70e anniversaire de la fondation de la paroisse : « Nous, Sœurs de Saint-François-d'Assise, ne pouvons passer sous silence pareil événement. C'est que, dès les débuts, soit en août 1918, avant même l'érection de la paroisse comme telle, nos sœurs collaboraient très étroitement avec ceux et celles qui travaillaient au développement culturel et au mieux-être de ce milieu social. Depuis, plusieurs d'entre nous ont eu le bonheur d'œuvrer au sein de cette communauté ecclésiale. Notre service apostolique parmi les paroissiens et paroissiennes de Notre-Dame-de-Grâce a bien un peu varié, mais il s'est maintenu jusqu'à ce jour dans l'attachement et la fidélité. Nous sommes fières d'avoir, encore aujourd'hui, quelques représentantes qui logent et exercent leur apostolat chez vous. Notre-Dame-de-Grâce a été jadis une source féconde de vocations religieuses pour la Congrégation des Sœurs de Saint-François-d'Assise. Aussi, est-ce avec une bien vive reconnaissance que nous partageons la joie jubilaire de tous, membres du clergé, paroissiens et paroissiennes de Notre-Dame-de-Grâce.»

Cette joie ne tardera pas à connaître l'épreuve car, dès l'année suivante, le 1er avril 1995, les membres du conseil provincial délibèrent sur la fermeture de la Maison. Ne pouvant répondre adéquatement aux besoins du milieu, en raison de la santé déficiente de deux sœurs, et n'ayant pas l'effectif suffisant pour assurer une présence signifiante dans la paroisse, après consultation des sœurs concernées, il est décidé de ne pas renouveler le bail de la maison. Les sœurs devront donc laisser le loyer, au plus tard à la fin de juin 1995. Après avoir soumis cette décision au Conseil général, sœur Pauline Doyon qui a succédé à sœur Louise Denis comme supérieure provinciale adresse une lettre au curé, monsieur l'abbé André Ferland: "Même si nous ne pouvons plus assurer une présence physique sur les lieux, la paroisse Notre-Dame-de-Grâce restera toujours dans notre cœur et dans notre prière". »

N.D.B. L'existence de NDG tirait elle aussi à sa fin car, en 1997 comme on le sait, la paroisse allait vivre sa fermeture.

Michel.
(Merci à Simonne Dumont pour les photos et le prêt du livre de Lise Jacob.)

dimanche 13 avril 2014

Historique des dernières années de la présence des religieuses de Saint-François-d'Assise à NDG (partie 1)

Nous avons vu récemment qu'en 1973 le Couvent de Notre-Dame-de-Grâce fut obligé de mettre fin à sa fonction d'enseignement. En 1974, il fut acheté par la Ville de Québec et les Soeurs de Saint-François-d'Assise qui y demeuraient encore durent se reloger à Sillery. L'auteur Lise Jacob poursuit son historique (paru en 2004) de la présence des religieuses à NDG :

Sœur Marie-Berthe Gagnon (photo), avec son travail d'animation liturgique, n'a jamais laissé la paroisse, sa présence entretenant la possibilité du retour de la communauté. Il est vrai aussi que sœur Marie-Berthe elle-même a toujours nourri secrètement cet espoir. En juillet 1975, des circonstances viennent en favoriser la réalisation. Alors que la maison Claire-d'Assise de Sillery change d'orientation et que sœur Marie-Thérèse Gagnon, supérieure provinciale, cherche un endroit où reloger les sœurs, sœur Marie-Berthe apprend de l'abbé (Gérard) Lefebvre (photo) que la Fabrique consentirait volontiers à louer les locaux adjacents au presbytère, locaux à peu près inoccupés, si ceux-ci répondaient aux besoins des religieuses.

L'information paraissant opportune, un groupe est formé sous la responsabilité de sœur Anita Beaulé. Dès septembre, chaque matin, quatre sœurs prennent la route les menant de Notre-Dame-de-Grâce à Sillery : sœur Anita, accompagnée de sœur Marie-Berthe et de sœur Rachel St-Firmin, pour le Centre intercommunautaire de formation doctrinale, et sœur Thérèse Lambert, pour le collège Jésus-Marie. Sœur Laurette Deslongchamps est la cuisinière attitrée de la maison et sœur Anna-Marie Hamel travaille bénévolement chez les pauvres, à Vanier.

En fin de semaine, monsieur le Curé se montre bien heureux de voir ses sœurs réunies pour la célébration dominicale et conversant ensuite avec parents et enfants à la porte de l'église. Il exprime sa satisfaction à sœur Marie-Thérèse Gagnon venue saluer la communauté: « C'est ma plus belle année vécue depuis longtemps! Heureuses êtes-vous, mes sœurs, d'accomplir un service d'Église apprécié ! »

Cette rubrique de l'abbé Gérard Lefebvre, curé, parue dans le bulletin paroissial de septembre 1975, prouve bien sa joie de revoir les sœurs à Notre-Dame-de-Grâce :

« Le retour des religieuses de Saint-François-d'Assise réjouira nos paroissiens qui n'ont pu oublier les 50 années de dévouement au service des jeunes de notre paroisse, alors que les sœurs animaient notre couvent, hélas fermé! Les religieuses logeant au presbytère ont des emplois diversifiés, au-delà de notre paroisse, mais nul doute qu'elles seront ouvertes aux problèmes de notre milieu, qu'elles auront un regard intéressé sur tout ce qui s'y passe, qu'elles participeront à la vie paroissiale. À cet égard, leur présence est une bénédiction providentielle et une aide précieuse qu'on ne pourrait refuser. »

Mais le bonheur de l'abbé Lefebvre sera de courte durée... Dans la nuit du 15 au 16 septembre 1977, un incendie se déclare.
(N.D.B. Nous avons relaté cette catastrophe dans un message précédent qu'on peut relire en cliquant ici.)

Devant cette épreuve, les gens se font proches et invitent les sœurs à leur table. Malgré ce courant de sympathie, le 17 au soir, les sinistrées doivent se réfugier à Charlesbourg. Peuvent-elles trouver sommeil en revoyant ces sombres images, en pensant à ce bon monsieur le Curé si décontenancé et aux marguilliers si malheureux qu'elles viennent de laisser? Mais le souvenir des paroissiens bien unis autour de leur pasteur leur donne néanmoins de s'endormir dans la paix en rêvant à leur retour. Un retour qui demeurera un rêve car, pas plus que la communauté ne peut s'engager à assurer une location à long terme, la fabrique ne peut assumer les frais considérables qu'occasionnerait la réparation du logement incendié. Par la force des événements, les Sœurs de Saint-François-d'Assise doivent donc, une fois de plus, se retirer de la chère paroisse Notre-Dame-de-Grâce.

(Cette fois-ci, une forme de retour s'effectuera en 1988 : à suivre dans la partie 2 ! )
Michel.