La Bonne Nouvelle du 20 juin fut un numéro spécial, commandité par plusieurs commerces, indiquant le programme des activités, mais aussi où le curé Lavergne exprima en détails sa réserve envers la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB).
Albert Maheux, le président de la section NDG de la SSJB, y adressait une invitation à participer aux diverses célébrations (voir l'image). Le programme était le suivant :
Dimanche soir le 21 juin, grande assemblée patriotique à la grotte de N.-D.-de-Lourdes, après les vêpres.
Lundi et mardi soir, sermon, salut, confession.
Mardi, à 23 h. heure sainte, à minuit communion.
Mercredi le 24 juin, messe solennelle. Le Père Lelièvre, le directeur des retraites fermées à Jésus-Ouvrier, était du nombre des orateurs.
Un hommage fut rendu aux deux gagnants du concours d'histoire du Canada tenu dans la paroisse, Madeleine Pouliot (100%)(voir la photo) chez les femmes, et Raymond Sylvain (fils du paroissien du même nom) chez les hommes. La section locale de la Saint-Jean-Baptiste, par tradition annuelle, leur remit des médailles.La Saint-Jean survenait dans un contexte particulier, puisque le Cardinal Raymond-Marie Rouleau était décédé plus tôt dans le mois. Ce n'est qu'en décembre 1931 que le nouvel évêque de Québec, Mgr J.-M.-Rodrigue Villeneuve, fut désigné.
Un autre cachet spécial, lui aussi plutôt triste, était donné par la situation de la langue française au Canada. De manière générale, dans toutes les provinces et sous tous les régimes, les minorités francophones étaient persécutées. Même au Québec, près des frontières de l'Ontario, des Québécois se faisaient angliciser. Mais le curé Lavergne était déçu de constater que la SSJB n'exigeait pas d'enquête à ce sujet, convaincu que la raison de cette mollesse était la tutelle exercée par le gouvernement sur la Société.
Plus récemment, c'est en Saskatchewan que la répression était la plus forte. Le gouvernement du premier ministre conservateur James T. Anderson avait mis en vigueur des lois contre la langue française, en retirant aux Francophones le droit à des écoles séparées. La SSJB avait, après hésitation, fini par accepter de tenir une souscription pour venir en aide aux persécutés de la Saskatchewan. Le curé Lavergne avait insisté pour que tous ses paroissiens deviennent membres et financent la section NDG de la SSJB, qui parvint à présenter au Comité général un chèque de 100$.
Les quotidiens "Le Soleil" et "L'Événement" avaient encore rapporté faussement des propos du curé Lavergne supposément hostiles à la SSJB et aux Chevaliers de Colomb. En réalité, le curé avait annoncé que, tout en restant membre de la Société et aumônier de la Section N.-D.-de-Grâce, il cesserait de se présenter aux réunions du Conseil général, ce en quoi il ne faisait qu'imiter la conduite des autres curés de Québec. Il avait auparavant proposé :
- qu'aucun fonctionnaire, soit de l'Hôtel de ville, soit du gouvernement provincial, soit du gouvernement fédéral, député ou autre, ne puisse avoir une charge dans la Société ni dans les sections, et
- qu'aucun membre d'une société de nationalité étrangère comme les Chevaliers de Colomb ou les Clubs neutres tels que les Rotary, les Kiwanis ou autres ne puisse devenir officiers de la Société Saint-Jean-Baptiste.

Concernant cette société des "Knights of Colombus", membre de la SSJB, il l'avait félicité d'avoir organisé à Québec de belles souscriptions à l'Université Laval, à l'Hôpital Laval et à L'Hôpital du Saint-Sacrement mais il déplorait que ces activités aillent à son crédit et non pas à celui de la SSJB.
Quant aux fonctionnaires, il leur reprochait d'intervenir en assemblée en faveur de démarches "polies" auprès des gouvernements, démarches qui se répètent sans efficacité depuis 1925, concluant ainsi à un parti pris inspiré par la crainte d'embarrasser ces gouvernements.
En résumé, le curé affirmait que "notre Société Saint-Jean-Baptiste n'est plus la société nationale. En d'autres termes: elle ne représente plus les aspirations et les ambitions" des Francophones et des Québécois. Il exprima le souhait qu'elle se remette en marche vers son idéal. "Quant à la Section Notre-Dame-de-Grâce et à la présence de ses officiers dans votre Conseil, en ma qualité d'aumônier, je réserve ma décision: la question est à l'étude."
Peut-être à suivre en 1932 !
Michel.
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