L'homme de bataille
Cette partie est présentée de façon thématique afin que s'établisse clairement le portrait du curé Lavergne. À travers ses prônes, le journal La Bonne Nouvelle, les quelques lettres de sa correspondance que l'on a trouvées, les divers journaux et les événements cités par d'anciens paroissiens qui l'ont connu, nous traçons un tableau des principales causes auxquelles s'est dévoué l'abbé Lavergne. Les démunis, les syndicats catholiques, les enfants, l'éducation, la morale, la piété et la politique, tels sont les sujets qui marquent l'histoire de Notre-Dame-de-Grâce au passage du curé Lavergne. L'oeuvre de presse catholique garde toujours une place importante dans les préoccupations de l'abbé Lavergne, mais ayant fait la démonstration de ce fait en deuxième partie, nous ne le reprenons pas ici.
Aide aux démunis
Le curé Lavergne se consacre aux démunis, leur offrant temps, secours matériel et spirituel et bien d'autres types de services.
Témoignage de Marguerite Matte (photo), paroissienne ayant connu Édouard Lavergne : Elle raconte que le curé Lavergne était très charitable et qu'il n'hésitait jamais à donner à plus pauvre que lui, même des choses dont il avait lui-même besoin (ex.: donner sa paire de souliers et être obligé de dire la messe en pantoufles).Durant la crise économique, il aide les chômeurs et les femmes à trouver un peu de travail leur permettant de survivre; un comité de secours aux chômeurs est organisé à cet effet. Il tente aussi de convaincre les gouvernements d'apporter des secours-directs aux plus pauvres. Dans La Bonne Nouvelle du 13 novembre 1932, le curé Lavergne se plaint ainsi de l'implication du gouvernement dans l'aide aux démunis:
"Les Gouvernements Bennet, Taschereau, et l'Hôtel de Ville ont voté des millions pour venir en aide aux chômeurs. Mais ils n'ont jamais donné UN SOU au curé de Notre-Dame-de-Grâce. Les fonds sont restés aux organisations politiques dans l'intérêt du capital politique. Donc, c'est aux politiciens et non pas au curé qu'il faut s'adresser pour les secours: paiement de loyer, etc."Pour le curé Lavergne, l'aide aux chômeurs c'est aussi l'aide aux syndicats catholiques, ainsi que la lutte contre le bolchevisme et contre le gouvernement. Le 29 août 1931, le curé Lavergne célèbre la messe d'ouverture du Congrès des Syndicats Catholiques. Ceux-ci luttaient contre les employeurs qui obligeaient le travail du dimanche ou diminuaient les salaires, entraînant une concurrence déloyale envers les honnêtes commerçants. Le curé Lavergne se donne beaucoup de peine pour que les ouvriers acceptent la "juste" intervention du clergé dans les affaires syndicales.
L'aide aux démunis, c'est aussi l'aide aux malades. Le 16 octobre 1928 la première messe solennelle des malades est célébrée. Ce type d'événement où des religieux de haute importance sont invités à donner la bénédiction aux malades se répète à plusieurs reprises durant les années où le curé Lavergne est en poste. Par exemple, le 21 juin 1936 (photo), 150 malades - dont 17 au lit - prennent place dans la nef et dans le choeur pour la célébration.

L'éducation des enfants et l'éducation religieuse
En lisant les prônes du curé Lavergne, on voit fréquemment le curé protester ou lutter pour les enfants et leur éducation, que ce soit sur le plan religieux, scolaire ou familial. Sans cesse, il demande aux parents de bien vouloir envoyer leurs enfants à l'église, de contribuer à l'enrichissement de leur foi, de surveiller leurs fréquentations et leurs actions, et enfin de veiller à ce que leurs travaux scolaires soient bien exécutés. À plusieurs reprises, il s'insurge contre des parents qui ne remplissent pas leurs devoirs, n'hésitant pas à les pointer en pleine messe. Il réprimande aussi les jeunes gens qui se laissent aller au vandalisme ou provoquent des désordres publics.
Le curé Lavergne travaille aussi pour les oeuvres de jeunesse auxquelles il trouve une grande utilité: l'encadrement des jeunes. En fait, il prône toutes les organisations à base religieuse qui regroupent des enfants, tels les groupes dramatiques ou la chorale. Ainsi, la chorale de la paroisse, que l'abbé (Arthur) Ferland (vicaire) avait fondée, est si bien tenue que le curé Lavergne invite souvent des membres du clergé à venir entendre ces jolies voix.
Sa lutte pour la jeunesse ne se limite pas seulement aux remontrances ou aux organisations à caractère religieux. En 1927, constatant l'état lamentable de l'école de garçons, le curé Lavergne écrit à la Commission scolaire pour demander que le gouvernement subventionne la construction d'une autre école. N'ayant reçu qu'une somme minimale pour l'exécution de travaux qui n'apportaient aucune amélioration, le curé présente une deuxième requête aux commissaires scolaires pour la construction d'une nouvelle école, mais cette fois, il l'a fait contresigner par ses paroissiens. Or, trois ans pius tard, il n'y a toujours pas d'école et la situation n'est guère plus reluisante. En effet. les commissaires ont décidé de disperser les garçons dans diverses écoles, dont une à Saint-Malo. Le curé Lavergne proteste alors vigoureusement:
"[...] forcer nos enfants à se rendre en classe à Saint-Malo cela voulait dire qu'ils seraient absents cet hiver à chaque fois qu'il ferait mauvais. Mgr Laberge m'a dit que cela dépendait du Commissaire Vernet qui a déclaré que cela n'était pas absolument loin. Évidemment, ce serait plus loin si c'était à l'Ancienne-Lorette; mais tel quel, c'est encore trop loin."C'est seulement en 1931 que la paroisse Notre-Dame-de-Grâce à sa nouvelle école de garçons.
Son travail pour les enfants finit donc par porter ses fruits. Par contre, son désir d'ordre le pousse à vouloir éduquer lui-même, par ses sermons, ceux qui ne sont pourtant plus des enfants, ou presque. C'était en fait le lot commun des curés de son temps.
À suivre.
Michel.









