mardi 6 juillet 2010

La paroisse NDG en 1927 demandait un nouveau Collège.

Lundi le 6 juin 1927, les paroissiens de Notre-Dame de Grâce montaient près de 300 à l'Hôtel de ville, où les membres de la Commission Scolaire les avaient reçus. Ils ne demandaient pas une école luxueuse comme celle de Saint-Dominique avec d'immenses pilastres dont la tête en pierre sculpté coûtait dans les $150. à l'époque. Ils voulaient seulement pour l'école de l'air dans les classes, des escaliers et des sauvetages convenables. L'intervention du curé Lavergne en cette affaire avait aussi pour but de le dégager de sa responsabilité, si la Commission Scolaire refusait d'agir.

Le Bureau d'Hygiène et l'Inspecteur du Gouvernement, Samuel Desrochers, avaient auparavant condamné les deux édifices, celui de la rue Arago, numéro 318, et celui de la rue Durocher, numéro 205, qui servaient d'école pour les garçons. Monsieur Desrochers s'était chargé de la réponse dans une mise au point publiée dans les journaux. Il écrivait que ces écoles étaient infiniment plus dangereuses que le "Laurier Palace" à Montréal où des personnes avaient péri suite à une panique, et qu'il croyait qu'il était bon que les parents des élèves qui les fréquentaient soient mis au courant de cette situation.

Cette double condamnation, le curé Lavergne l'avait prévue et il en avait averti la Commission Scolaire par une lettre en date du 4 mars.

En avril, une requête pour être présentée à la Commission scolaire pour la construction d'une école avait été signée en quelques heures de six cents noms de pères de famille. C'était presque l'unanimité. On ne pouvait pas convenablement fermer les classes et renvoyer les enfants à Saint-Sauveur. Dans la cambuse de la rue Arago, il y avait 137 garçons répartis en quatre classes, dans celle de la rue Durocher, 197 pour six classes, ce qui faisait 337 inscrits. De l'école de Saint-Sauveur il n'en était venu que 85. La pétition se lisait :

"Nous soussignés, pères de famille résidant dans la paroisse de Notre-Dame de Grâce,
Considérant
que les édifices utilisés comme classes pour les petits garçons sont dangereux et insalubres ;
qu'ils ont été, à cause de cela, condamnés par le Bureau d'Hygiène et par l'Inspecteur du Gouvernement ;
Préoccupés, comme c'est notre devoir, de la vie et de la santé de nos enfants,
nous sollicitons instamment la construction d'une école qui réponde aux nécessités de notre quartier."
Lors de la rencontre du 6 juin afin d'obtenir la construction d'une nouvelle école, l'organisateur de ces écoles temporaires, M. Verret, s'est senti intimidé. Mais M. Picard, le Président de la Commission Scolaire, a bien noté que le but des parents était d'affirmer devant l'opinion publique de façon impressionnante l'urgente nécessité de construire une école pour les garçons de la paroisse.

Voici comment les parents ont argumenté, comme rapporté dans la Bonne Nouvelle. Les deux cambuses où les enfants s'entassaient étaient malsaines et dangereuses. C'était un temporaire néfaste qui avait duré déjà trop longtemps. Elles existaient depuis cinq ou six ans.

Ce que l'on avait fait depuis le début des plaintes des paroissiens ne remédiait à rien au point de vue hygiène. Les classes restaient trop basses, trop petites, mal ventilées et encombrées. Les cabinets d'aisances étaient dans les classes et ne possèdaient aucun moyen de ventilation. Il en résultait que les odeurs se répandaient dans les classes au grand détriment des élèves et des professeurs, condamnés à respirer des gaz fétides pendant des heures de temps. Les désinfectants qu'on y avait mis ne faisaient que mêler les odeurs. Une classe où s'entassent collés les uns sur les autres vingt ou trente enfants n'est pas la même chose qu'une pièce où se tiennent deux ou trois personnes où l'on peut ouvrir facilement. Il ne fallait pas s'étonner que les enfants ainsi empoisonnés soient incapables de tout effort intellectuel et que leurs progrès malgré le dévouement des maîtres se réduisent à peu près à rien.

Au point de vue sécurité, ce que l'on avait fait était nul ou à peu près : ce que l'on prétendait faire ne ferait qu'ajouter aux inutiles dépenses déjà faites sur ces cambuses. Les paroissiens se plaignaient des portes de sortie. Encore quelques jours auparavant, sur la rue Arago, il n'y avait qu'une seule porte de sortie mesurant trente pouces et ouvrant à l'intérieur, au pied d'un escalier étroit servant à trois étages, et le seul dans la bâtisse. Depuis on l'avait changée. La seule porte de sortie, qui donnait sur la rue Durocher, ouvrait aussi à l'intérieur, frappait le pied d'un escalier très raide de 33 marches et fermait au verrou. Une autre porte qui ouvrait sur la rue Franklin fournissait une issue à peu près convenable pour une partie très restreinte de l'école. À part cela, toutes les autres s'ouvraient sur l'intérieur, en tout 13 portes. Toutes les portes de classes s'ouvraient à l'intérieur. Et les escaliers restaient étroits et dangereux parce qu'ils étaient à marches d'angle. Aucun de ces édifices n'était fourni d'escalier de sauvetage. Ceux que l'on appellait ainsi étaient en bois à l'extérieur.

La Commission refusait de bâtir une école avant 1929. C'est-à-dire que durant deux ans encore les enfants seraient condamnés à s'empoisonner dans les classes d'alors et demeureraient exposés à périr en cas d'accident.

La Commission disait: "Nous ne pouvons pas sans augmenter la taxe." C'était bien l'argument le plus impressionnant sur l'opinion publique pour l'amener à laisser durer un état de choses qui aurait dû cesser depuis longtemps, qui n'aurait jamais dû exister. Était-il plus onéreux de payer des taxes que d'avoir des enfants malades et de payer des médecins ? Comme question de fait, les enfants qui fréquentaient ces bâtisses étaient très souvent malades et prédisposés à prendre toute épidémie qui passe, comme la scarlatine.

M. Verret avait fini par admettre qu'elles n'étaient pas légales, pas bien mais pas aussi mal que le curé Lavergne le disait, au nom des paroissiens de NDG. En conclusion de l'entrevue, M. Picard avait demandé de trouver une solution à ce problème: "Où placer les enfants pendant la construction ?"

En résumé, il était prouvé que l'école était malsaine et dangereuse. La Commission l'admettait, elle le savait depuis longtemps. Mais la Commission se déclarait impuissante à remédier au mal avant deux ans. Ça allait être un malheur pour les enfants.
On sait que la construction du nouveau Collège ne se termina finalement qu'en 1931 (voir la photo).

Michel.

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