La Fête du travail du 6 septembre 1926 revêtit un caractère très spécial dans la paroisse Notre-Dame-de-Grâce. D'abord pour la raison que le curé Lavergne expliquait ainsi :
(La photo d'un atelier de chaussures, qui n'en est pas un de Québec, provient du site de France :
http://www.hasparren-histoire.frindustrialisatioindex.html) qui n'est plus disponible.
Michel.
"Nous sommes reconnaissants aux organisateurs de la Fête du Travail d'avoir choisi notre église pour la partie religieuse de leur fête. Cela nous a été un honneur et une joie. Nos Syndicats Catholiques méritent l'appui de tous les catholiques éclairés."Puis parce que, depuis 25 ans, ils avaient lutté et souffert, pour utiliser le mot employé dans la Bonne Nouvelle. L'historien Jean-Marie Lebel, dans "Québec 1608-2008", résume les événements de 1926 :
"Le 28 avril, à l'annonce de la décision de la Commission d'arbitrage donnant raison aux patrons, les ouvriers de la chaussure se mettent en grève. Le conflit sera long et difficile. L'arrivée des briseurs de grève et l'implication de la police provinciale provoqueront des échaffourés. Affamés et démoralisés, les ouvriers cesseront leur grève en août."Le curé Lavergne s'était dévoué et avait beaucoup écrit dans la Bonne Nouvelle au sujet de cette situation. Le passage qui, d'après moi, est le plus émotif est celui-ci de la Bonne Nouvelle du 19 juin 1926 :
"J'ai vu l'autre soir une scène pénible et dangereuse, dont la responsabilité retombe sur les auteurs de ce conflit et condamne leur obstination à le faire durer. C'était au Boulevard Langelier, vers les six heures du soir, au moment où les "scabs" sortaient des usines. À tous les coins de rue, des piquets de police par groupes de deux, trois ou quatre. Sur le Boulevard à peu près sept ou huit cents hommes, en majorité des grévistes. Ils regardaient venir les "scabs" ; des étrangers importés en ville, même de Toronto, pour faire durer le conflit et aggraver la provocation : des ouvriers jadis chassés des Unions à la demande des patrons et aujourd'hui employés par eux pour briser les Unions. Enfin des êtres quelconques, transfuges aux mains à tout faire. On se les montrait avec des injures. Dans les propos grondait une si violente exaspération, dans les yeux flambait une telle haine, que je craignais une bagarre, toujours à redouter dans ces moments de colère et causes d'actes malheureux qui seraient de thèmes à déclamation contre les ouvriers sous la plume des scribes, genre "L'Événement". Heureusement, à part quelques violentes interpellations, il n'y eut aucune voie de fait. Mais, je me demandais "Combien de temps cela va-t-il durer? Combien de jours encore cette foule va-t-elle contenir sa colère?"En août 1926, à NDG, une manifestation religieuse fut tenue en faveur des ouvriers en grève et réunit environ 3000 personnes.
Songez que, depuis six semaines bientôt, cette scène se répète deux fois par jour. Songez que l'amertume s'accumule dans les âmes, que le mécontentement s'exaspère en proportion de ce que les économies fondent à la Banque et que les crédits deviennent plus difficiles chez les fournisseurs. Et l'on s'étonne que de temps en temps il y ait quelques échappées de colère! Et l'on s'étonne que nos aumôniers ouvriers ne puissent pas toujours contenir toutes les unités de cette foule! Allons donc! Mais ce qu'il y a de merveilleux en cela et que l'on évite de voir et de signaler à "L'Événement" et parmi ses semblables et ses patrons, c'est que du sein d'une foule d'hommes oisifs, dont les femmes et les enfants commencent à crier de faim, ne sortent pas des désordres plus graves. Et cela est à l'éloge de notre peuple."
"Grâce au concours précieux de la fanfare Lambilotte, des Chasseurs de Salaberry et d'un corps de police, la démonstration extérieure a revêtu un cachet de fête dont nous garderons longtemps le souvenir," écrivait encore le curé Lavergne.Une page d'histoire qui a, sans nulle doute, marqué la paroisse et, en particulier, la Fête du travail de 1926.
(La photo d'un atelier de chaussures, qui n'en est pas un de Québec, provient du site de France :
http://www.hasparren-histoire.frindustrialisatioindex.html) qui n'est plus disponible.
Michel.

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