lundi 3 septembre 2018

Un colloque dans l'église, le même mois que sa fermeture

Malgré l'opposition des marguilliers, il était prévu que l'église Notre-Dame-de-Grâce ferme le 29 juin 1997. Mais pouvait-on espérer un miracle de la tenue d'un colloque sur "L'avenir des biens d'église", en partie dans l'église ? Probablement pas, mais l'espoir était grand de pouvoir sauvegarder l'édifice.

En vue de ce colloque annoncé pour les 5, 6 et 7 juin, La revue "ARQ, la revue d'architecture", publiée par "Art et Architecture Québec", sortit un numéro spécial. Simonne Dumont (qui vient de décéder) en a conservé un exemplaire. Le texte de présentation était rédigé par les historiens d'architecture Lucie K. Morisset et Luc Noppen, sous le titre de "Lieux de culte, églises et monuments". On peut y lire les paragraphes suivants :

"Ce numéro de ARQ a été préparé à l'occasion du Premier colloque international sur l'Avenir des biens d'église, convoqué les 5 et 6 juin 1997 par le maire de Québec, M. Jean-Paul L'Allier. L'objectif est simple : réfléchir, évaluer, confronter les solutions pour la conservation des églises dans les villes-centres, pour la pérennité d'un patrimoine qu'il reste manifestement à constituer. C'est à titre d'intrants de cette réflexion que les articles et les projets suivants s'y retrouvent : on y discute de quelques enjeux, de quelques lacunes qui nous sont apparus déterminants dans un tableau d'ensemble de cette situation sur laquelle nous souhaitions méditer.

Aux côtés d'un "noeud gordien" que nous tentons de défaire, d'un article de Martin Dubois traitant du patrimoine ecclésial moderne, trop souvent oublié et facilement maltraité, et du portrait de l'une de ces églises-monuments (NDB: il s'agit de l'église NDG) que la débâcle actuelle risque d'emporter, à défaut d'une nécessaire vision d'ensemble, nous avons choisi de présenter quelques églises restaurées, réaménagées, mises en valeur, témoignant de la créativité et de l'imagination émergeant d'une pratique architecturale renouvelée ou en renouvellement."

Ces deux auteurs écrivaient dans l'article qui suivait :

"Il faudra tout de même choisir puisque, à côté des bâtiments favorisés par un tel choix, d'autres seront voués à la démolition. Or ce serait une erreur d'appuyer ce choix sur la seule liste des monuments classés à ce jour ; au vu de critères actuels, certains parmi ceux-ci pourraient en effet sembler moins "pertinents" que d'autres qui ne seraient pas classés. Surtout (comme en témoigne le cas de l'église Notre-Dame-de-Grâce que nous présentons plus loin) l'échantillon des églises classées  n'est nullement représentatif de la richesse et de la diversité du patrimoine ecclésial : les bâtiments modernes , pour n'évoquer que ceux-là, en sont exclus ; et peu de confessions y sont présentes."

Dans l'article "L'église Notre-Dame-de-Grâce à Québec: un chef-d'oeuvre en péril", les deux historiens écrivent encore :

"La décision est tombée, prévue mais néanmoins brutale: l'église de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce fermera ses portes le 30 juin prochain. Dans la foulée de plusieurs annonces de même nature, partout au Québec, et devant le fait que bien d'autres églises seront fermées avant que ne s'amorcent les célébrations de l'Année sainte à Rome, il ne s'agit au départ que d'une mauvaise nouvelle pour un petit nombre de paroissiens d'un des quartiers les plus démunis de Québec. Plusieurs se confortent cependant à l'idée que la restructuration des paroisses dans les villes-centres permettra, pour un certain temps du moins, de garder ouvertes quelques églises historiques situées dans des paroisses voisines, plus anciennes. Et puis, une fois fermée, l'église Notre-Dame-de-Grâce pourrait aisément être démolie pour permettre la construction de logements ; des promoteurs sont d'ailleurs déjà à l'oeuvre, dans ce secteur que favorise une aide municipale. 

La disparition de l'église Notre-Dame-de-Grâce serait une perte considérable pour le Québec tout entier. Ce petit monument, né dans des circonstances difficiles, a aussi une histoire bien particulière. Mais surtout ses concepteurs l'ont établi comme un manifeste architectural. L'object se voulait nouveau et contestataire ; il discourt sur l'état de l'architecture dans les années 20 et incarne une volonté de changement. Dense d'un point de vue sémantique - chose déjà peu commune au Québec - le bâtiment est aussi exceptionnel ; il ravit tous ceux qui se livrent à l'exercice de sa découverte. 

(...)

À l'heure actuelle, le bâtiment requiert des travaux de quelque 200 000 $ ; l'entretien annuel représente une dépense de l'ordre de 30 000 $. C'est peu pour un monument de cette qualité et cette importance dans notre histoire de l'architecture. Le Comité Édouard-Valmore Lavergne a été créé pour tenter de sauver le monument ; il s'agit d'asseoir sa notoriété, de lui trouver une forme de reconnaissance qui assurerait une protection légale (municipale, provinciale ou fédérale) et afin de préparer un plan stratégique en vue d'assurer sa conservation avec l'aide de nouveaux partenaires."

Le colloque, sous-titré "La conservation des églises dans les villes-centres, une rencontre organisée par la Ville de Québec en collaboration avec l'Université Laval (CÉLAT, Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions)", se tint à l'Hôtel Ramada Centre-ville (395 rue de La Couronne). Mais l'église NDG accueillit la "Charrette" ; il s'agissait d'une activité pendant laquelle architectes et étudiants en architecture élaborèrent des propositions destinées à reconvertir ou à mettre en valeur plusieurs beaux lieux de culte de Québec. Nous détaillerons bientôt un peu plus le contenu du Colloque.

Michel.