Grâce aux documents qu'a si généreusement partagés
Simonne Dumont, nous pouvons en particulier nous situer quelques années avant la fermeture de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce de 1997 et décrire avec davantage de détails les activités qui ont malheureusement abouti à la démolition de l'église en 2009.
Nous sommes d'abord peu de temps après la célébration du 70ième anniversaire de NDG de mai 1994. Les historiens de l'architecture,
Luc Noppen et
Lucie K.-Morisset, ont publié en août 1994, à la demande de la Ville de Québec, un volumineux ouvrage en trois tomes intitulé "
Lieux de culte situés sur le territoire de la ville de Québec". Ils affirment avec admiration que "l'église Notre-Dame-de-Grâce est un monument d'architecture unique et exemplaire au Québec. Jamais une église n'a fait l'objet d'autant de soin lors de sa conception, tout en demeurant fort modeste, en termes de coûts de construction. Le bâtiment de (l'abbé Jean-Thomas) Nadeau et (Gérard) Morisset est d'un type tout à fait nouveau au Québec."
Mais ils expriment une certaine inquiétude quand ils en évaluent l'état physique d'alors:
"L'environnement de l'église est à retravailler. Le pavage d'asphalte, le terrain non aménagé à l'arrière, les poteaux et les fils, les trottoirs et chaînes en mauvais état, sont autant d'éléments qui nuisent à la lecture du monument.
Le parvis de l'église doit être étanché. Les infiltrations ont affecté la structure et il y a beaucoup de condensation dans la chambre des fournaises qui est placée en dessous. Au sous-sol il y a des traces d'infiltration sur les murs des pièces donnant vers le cap et de celles qui longent la rue De Mazenod.
Les murs sont généralement en bon état. Il y a cependant des joints à refaire au soubassement de granit, sur la face est du bâtiment. Sur le clocher, le bardeau d'amiante est à remplacer, les arêtes de bois à peindre. Les portes et fenêtres doivent être nettoyées et repeintes. Plusieurs verres sont cassés.
À l'intérieur l'église est bien entretenue. Il y a quelques traces d'infiltrations d'eau dans la nef, près de l'entrée. Il a des travaux de finition à faire dans l'espace d'atelier et dans la sacristie. La toiture de la sacristie sera à refaire sous peu. Le mur de soutènement le long de la rue De Mazenod est aussi à refaire.
La paroisse Notre-Dame-de-Grâce n'a pas les moyens d'entreprendre, avec ses seules ressources, les travaux requis. La paroisse a déjà le même desservant que Saint-Joseph et une menace de fermeture pèse sur l'une de ces deux, sinon sur les deux paroisses. L'église Notre-Dame-de-Grâce est un monument d'architecture qui doit être conservé et mis en valeur sans hésitations. Rares sont les édifices au Québec qui ont été aussi importants dans leur volonté de changement, qui ont été l'objet d'autant de spéculations. À la fois manifeste et monument d'avant-garde, cet édifice a le mérite d'être de dimensions réduites et d'avoir été conçu avec un souci d'économie. Restaurer et bien mettre en valeur cette petite église devient donc une opération d'un coût raisonnable.
Cette église doit être bien mise en évidence dans un circuit de patrimoine religieux et dans les guides et ouvrages traitant de l'architecture en général. Pour bien marquer son statut tout à fait particulier, elle devrait loger le siège du tourisme religieux et, si elle devait être désaffectée, être conservée comme édifice ouvert aux visiteurs. Un aménagement du site s'impose autant qu'une restauration du bâtiment. Nous recommandons à la Ville de citer cette église comme monument historique."
Le Soleil, sous la plume de Damien Gagnon, rapportait les recommandations des auteurs. Entre autres, il y avait celle que la Ville de Québec devrait accorder à 16 églises de son territoire le statut de monument urbain. Les églises qui devraient recevoir cette reconnaissance étaient, par ordre décroissant d'importance :
Notre-Dame-de Jacques-Cartier, Saint-Sauveur, Notre-Dame-de-la-Garde, Saint-Malo, Saint-Roch, Saint-Charles-de-Limoilou,
Notre-Dame-de-Grâce, Saint-Coeur-de-Marie, Saint-Sacrement, Saint-Fidèle, Saint-Dominique, Saint-François-d'Assise, Notre-Dame-du-Chemin, Saints-Martyrs-Canadiens, Saint-Zéphirin-de-Stadacona et l'Église Baptiste de la Grande Allée.
La ville comptait alors 71 lieux ouverts au culte, soit 33 églises paroissiales, 18 chapelles catholiques, 8 lieux protestants et 12 d'autres dénominations.
L'étude fut bien accueillie par l'archevêque
Mgr Maurice Couture et par le maire
Jean-Paul L'Allier. Ils estimaient que des actions devaient être entreprises sans tarder. L'étude suggérait que le gouvernement du Québec devrait lui aussi se doter d'une législation qui protège les lieux de culte et les biens religieux d'intérêt.
Toujours en 1994, Vincent Marissal rapportait que l'administrateur des équipements diocésains de Québec, le
père François Boissonneault, affirmait qu'il n'était pas question de fermetures immédiates d'églises. Mais la disparition de quelques-unes, particulièrement éprouvées financièrement, serait à l'ordre du jour de discussions avec les conseils de fabriques au début de 1995.
À suivre.
Michel.