dimanche 3 novembre 2013

Pendant la guerre mondiale : un monument et une armée de la paix à NDG.

Avec le début de la deuxième guerre mondiale en 1939, de nouvelles préoccupations apparurent dans la paroisse Notre-Dame-de-Grâce comme partout ailleurs dans le monde. Le curé Lavergne prononça une causerie à la station de radio CKCV au début de 1941, où il fit part aux auditeurs d'une initiative pour la paix qui regroupait environ 2000 paroissiens. Voici des extraits de cette émission :

"Sous le titre, LES NUITS DE LONDRES, j'ai lu dans un journal de Montréal la terrifiante description suivante : Les nuits de Londres sont de ce temps-ci d'une horreur telle que cela ne s'est jamais vu en Angleterre, ni même à l'extérieur. Le bombardement intense de Varsovie en septembre 1939, celui de Rotterdam le printemps dernier, n'étaient rien en comparaison de ce qui se déroule à Londres, d'après un correspondant de guerre qui a subi ceux de Pologne et de Hollande et se trouve de ce temps-ci dans la capitale anglaise. Les raids se succèdent sans répit. Ils s'enchaînent pour ainsi dire. Treize nuits consécutives de bombardements continus ont contraint à l'insomnie la population de Londres, qui n'a même plus le moindre repos le jour tant il y a d'avions au ciel bas de la Tamise. Ce n'est plus, la nuit, qu'une cacophonie horrible de bombes qui tombent et détonnent, d'édifices qui s'effrondent, de sonneries d'alarmes, de pompiers courant à des incendies, de vitres qui volent en éclats, de conduites de gaz qui crèvent et font explosion, des pans entiers de murs s'abattant sur le sol, de morceaux de verre sonnant sur la chaussée, tandis que montent des immeubles écroulés les gémissements et les lamentations des malheureux pris sous les décombres et qui, gravement blessés, appellent au secours avec des hurlements de douleur.

Ces effroyables détails datent du 19 septembre (1940). Depuis, les bombardements ont continué chaque jour plus longs, plus violents, plus meurtriers. La Royal Air Force y a répondu en intensifiant les siens et en allant semer la dévastation et la mort, en pays allemands ou dans la France occupée.

J'ai insisté, mesdames et messieurs, sur ces navrants détails afin que, vos coeurs en étant émus douloureusement, vous soyez plus disposés à fournir votre part dans l'effort pour la paix. Une lettre de notre Cardinal demandant des prières et des jeûnes, a établi, si non officiellement, du moins en fait, les "Vendredis de la paix". Y avons-nous donné notre concours ? À Notre-Dame-de-Grâce, tous les vendredis à 19h30, nous avons un exercice en l'honneur de Notre Dame des Douleurs pour obtenir la paix.

D'accord avec 740 églises des États-Unis et du Canada, nous avons travaillé à établir l'"Armée de la paix" ; nous avons recruté 2000 membres, qui comptent parmi les 691,395 dont se compose présentement cette armée. Dans son numéro du (samedi) 17 août dernier, L'Action Catholique a publié la photographie de l'une des manifestations hebdomadaires qui eut lieu au Parc Notre-Dame-de-Lourdes. Presque chaque semaine, je suis venu à ce poste grâce à la générosité de son gérant, répéter les mêmes appels à la prière et à la pénitence. Ces deux dernières fois, j'ai annoncé un bouquet spirituel vivant pour la paix et j'ai offert des formules gratuites. Nous en avons distribué deux mille, le troisième mille est en voie de distribution.

Si nous voulons collaborer dans le travail que chacun doit avoir à coeur pour la paix, tous enrôlons-nous dans l'Armée de la paix, par la prière et la pénitence. Chaque jeudi soir de 23 h. à minuit, l'Heure sainte et la communion. Procurez-vous un blanc de bouquet spirituel vivant en l'honneur de Notre Dame des Douleurs. Ne restons pas insensibles aux appels du vicaire de Jésus-Christ, ne vivons pas en égoïstes, mais profondément émus des douleurs qui abreuvent le monde, entrons de plain-pied et de grand coeur dans tous bons mouvements qui sollicitent la paix. C'est notre devoir d'homme, une obligation de chrétien !"


La photo à laquelle le curé Lavergne faisait référence est appelée "L'Armée de la paix en prière" et représente la foule réunie à la grotte de Notre-Dame-de-Lourdes, près de l'église Notre-Dame-de-Grâce. Elle est ainsi décrite :
"Hier soir (vendredi le 16 août 1940) on a inauguré le chemin de croix "Via Matris" en l'honneur de Notre Dame des Sept Douleurs. Chaque vendredi soir on fait à cet endroit des prières publiques pour la paix. Le photographe a pris la foule (les Neuvainistes) au moment où, les bras levés, chacun récite la prière pour la paix (du pape Benoît XV), sous la direction de l'abbé Lavergne (placé dans la chaire). On ne voit pas ici la grotte Notre-Dame-de-Lourdes. Ce que l'on voit en arrière du prédicateur, c'est la fontaine où jaillit l'eau que tout le monde recherche."

Le monument de la Via Matris (photo) portait une médaille miraculeuse. Cette plaque est disparue du monument qui se trouve encore actuellement sur le terrain de la Grotte de NDG.

Dimanche le 24 septembre 1940, en après-midi et en soirée, des offices se sont tenus à la demande du Pape et du Cardinal. Ils souhaitaient que ce soit, non pas un acte isolé, mais une croisade de prières qui embrigade tous les âges, toutes les classes de la société. De là est venue l'idée de l'Armée de la paix dont il était question plus haut.

Ceci était la dernière causerie du curé Édouard-V. Lavergne transcrite dans une Bonne Nouvelle (la dernière parution). Il allait démissionner de sa charge de curé quelques mois plus tard, en octobre 1941.

Michel.