dimanche 8 janvier 2012

Le curé Lavergne, un "indigné" ?

Nous venons de quitter une année où la personnalité de 2011 élue fut le "manifestant", l'"indigné". En survolant La Bonne Nouvelle du 23 janvier 1932, je me suis dit que, s'il avait vécu en 2011, le curé Lavergne aurait probablement été du nombre des indignés manifestant contre le système économique et financier.

En voici quelques extraits :
"Au cours d'une délégation ouvrière dont le rapport a paru dans L'Action Catholique du 30 décembre dernier, l'Honorable M. Taschereau aurait dit, "que les prêtres ne devraient pas monter en chaire pour décrier le capital", qu'il était lui-même à étudier l'encyclique "Rerum Novarum" et que le capital est nécessaire au travail. L'Honorable Premier Ministre a encore été victime d'une distraction. Ne lui en déplaise, et sans manquer de respect à l'autorité qu'il représente, je peux bien le mettre au défi de nommer un seul prêtre qui soit monté en chaire pour décrier le capital. Il y a des prêtres qui montent en chaire, non pour décrier le capital, mais pour dénoncer les abus du capitalisme.

Or, je confesse que j'ai commis ce crime énorme, en commentant l'encyclique "Quadragesimo Anno" Ce qui aggrave mon crime aux yeux des "esprits" qui se croient pondérés parce qu'ils sont lourds de sottises et vides des enseignements de l'Église, c'est que je n'en éprouve aucun repentir et que j'ai le ferme propos de recommencer à chaque occasion dans la mesure où je le jugerai utile et bon. Si, à cause de cela L'Événement me trouve incurable et me classe parmi les "suppôts de la révolution" (14 janvier 1932), je me consolerai en songeant que le Pape, ni personne de ceux qui défendent le petit peuple, ne sont mieux traités.

Je comprends que cela déplaise aux malheureux dont Le Soleil et L'Événement bourrent les crânes: leur ignorance les excuse. Ce ne sont pas des raisons qui peuvent m'empêcher de me porter à la défense de la vérité, au secours des humbles et des petits dans la mesure de mes moyens et de mes forces. Au contraire. Car il y a là, non une question de goût, mais une affaire de conscience si impérieuse que je suis prêt à lui sacrifier mon repos et à tenir tête à tous les canards lâchement et surnoisement lancés contre ma pauvre personne.

Non, je ne puis pas ne rien dire."
Nous avions vu que l'abbé Lavergne avait auparavant été accusé, par certains journaux, de "bolchévisme". Maintenant on le traitait de "suppôt de la révolution". En février 1932, il dut écrire à Olivar Asselin (photo), journaliste célèbre du journal "Le Canada" afin de rectifier une dénonciation fausse faite par un "espion" qui assistait à tous les prônes et sermons du curé et qui prenait des notes pour quitter après le sermon. Il n'a pas reçu de réponse de M. Asselin. Peu après, L'Événement alla encore plus loin en l'accusant de "saboter la propriété privée".

Le contexte explosif s'apaisa un peu quand, en mars, le curé Lavergne célébra le 25e anniversaire de son sacerdoce, dont il sera question bientôt.

Michel.