mercredi 18 mai 2011

Dernier prône du curé Lavergne (section finale)

Ce qui suit est la troisième partie du dernier prône du curé Lavergne à Notre-Dame-de-Grâce :

Voici un autre fait.

Dans la vie de Sainte Marguerite Marie, l'apôtre du Sacré-Coeur, j'ai trouvé une belle lettre dont je ne vous citerai qu'un passage. Sainte Marguerite était maîtresse des novices. Elle avait renvoyé du noviciat une personne qu'elle jugeait inapte à la vie religieuse. 0r, cette jeune fille appartenait à la noblesse de France. Il y avait même dans sa parenté de hauts dignitaires ecclésiastiques. Un tel renvoi souleva toute une tempête. Sous la pression des parents de cette personne, les supérieurs enlevèrent à Sainte Marguerite la charge de maîtresse des novices et l'éloignèrent. D'où murmures chez les jeunes novices. Sainte Marguerite leur écrivit:
"Mes très chères et bien-aimées Soeurs dans le Sacré-Coeur de N.-S. J.-C., Je ne peux vous exprimer la douleur que je ressens du mauvais usage que nous faisons d'une si précieuse occasion pour donner au Sacré-Coeur des preuves de notre amour et fidélité. C'est lui-même qui a permis l'invention de cette croix pour nous préparer à sa Fête et, au lieu de l'embrasser amoureusement, nous ne cherchons qu'à la secouer et nous en défaire. Et, ne pouvant en venir à bout, nous y commettons mille offenses qui remplissent son divin Coeur de douleurs et d'amertumes contre nous."
Nous méditerons, mes frères, mille fois ces généreuses paroles et nous demanderons la grâce de nous les rappeler aux jours des épreuves.

La vie de tout chrétien comme la vie des saints en contient de nombreuses. Hélas, au lieu de bénir Dieu, trop souvent nous récriminons quand nous ne maudissons pas. Ainsi l'épreuve loin de nous guérir menace de nous perdre.

Si donc, nous apprenons à remercier Dieu en ces jours, notre récompense sera de le louer éternellement. Au livre II ch. 12 de l'Imitation de J.-C., il y a sur cette question des enseignements que je vous conseille de lire souvent.

Mais la reconnaissance se prouve par des actes. C'est ce que vous avez compris en me préparant la belle bourse que vous m'avez offerte. Noble sentiment qui déborde de vos âmes à mon égard, votre reconnaissance doit aller à Dieu. Je voudrais vous y exhorter en vous rappelant que donner à vos oeuvres paroissiales, c'est remercier Dieu. Vous continuerez donc à les aider avec la même générosité. À part vos oeuvres proprement paroissiales, je veux vous en signaler deux dont l'une nous est recommandée instamment par le Souverain Pontife: l'oeuvre de la Propagation de la Foi, et l'autre: l'oeuvre des Messes Chantées.

Vous savez avec quel dévouement les membres du Comité d'Action Catholique, chaque Dimanche depuis janvier 1934, sont allés de portes en portes recueillant de tous le sou de la Propagation de la Foi: ils ont ainsi recueilli une somme de $5,317.97 à venir au 31 octobre cette année.

Le même dévouement, ils l'ont mis à l'oeuvre des Messes Chantées. Ce qui a permis à plusieurs familles qui ne l'avaient jamais pu auparavant d'offrir pour leurs parents défunts une grand'messe par année. Ainsi nous avons chanté depuis octobre 1938 1,056 messes.

Enfin pour conclure, je vous exhorte à ne pas oublier tant d'enseignements que je vous ai répétés, sur lesquels j'ai insisté presque à temps, et à contre-temps, concernant notre devoir d'aimer Dieu de tout notre coeur pour l'exaltation de sa gloire.

Puissiez-vous sans relâche chercher le royaume de Dieu et sa justice, confiant que le reste vous sera donné par surcroît!

Puissiez-vous ne jamais oublier que la grâce de Dieu, notre Sauveur, a été manifestée aux hommes, non pour que nous vivions selon la chair, mais pour nous enseigner à renoncer à l'iniquité, aux convoitises mondaines et à tout ce qui peut nous éloigner de Dieu: même les plaisirs permis.

Saint Paul ne cessait d'y exhorter les fidèles de son temps.
"Faisons le bien, disait-il, tandis que nous en avons le temps."
(Gal. VI, 10.)

Puissions-nous vivre dans le siècle présent avec sagesse, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance, l'apparition de gloire de notre grand Dieu et Sauveur J.-C.

Et avec une confiance persévérante nous nous recommanderons:
À Saint Joseph comme à un modèle de vie humaine populaire divinisée par la présence de N.-S. J.-C.
À Marie, la Vierge Immaculée, comme des fils aimants à la meilleure et à la plus tendre des Mères: paroissiens de N.-D. de Grâce comme à notre patronne.
Au Sacré-Coeur, comme au roi d'amour qui s'immole chaque jour pour nous au Saint Sacrifice de la messe, et se donne en nourriture à nos âmes afin que, selon la parole de Saint Paul, "nous ne soyons pas des enfants qui flottent emportés à tous vents de doctrine par la tromperie des hommes et leur astuce à nous induire en erreur: mais que, confessant la vérité, nous continuions à croître à tous égards dans la charité en union avec Celui qui est notre chef N.-S. J.-C." (Éph. IV.)

Et ainsi, après les tristesses de cette vie, les luttes et les combats, après les séparations douloureuses de ce bas monde, nous en avons l'espoir très ferme, nous nous retrouverons unis dans la Trinité Sainte, chantant les miséricordes du Sacré-Coeur pendant la bienheureuse éternité. Ainsi soit-il.

Édouard V. Lavergne, ptre
160, Avenue Murray, Québec
Tél.: 6598 ou 8859

(Rappelons que notre collaboratrice Simonne Dumont s'est vu offrir un autre trésor, par l'entremise de Liliane Gignac. Cette dernière a obtenu, de la part Jean-Claude Ménard et Mariette Boutet, le document, en parfait état, de ce dernier prône du curé Lavergne dans la paroisse NDG, le 9 novembre 1941, contenant aussi son dernier sermon. Merci aux intervenants qui ont permis cette diffusion.)

Michel.