dimanche 1 novembre 2009

Notre-Dame de Grâce c'était tout un lieu de vie! (partie 3 : la Grotte et la Salle paroissiale)

Note : M. l'abbé Lucien Robitaille a gentiment accepté de partager avec NDGquébec l'article qu'il a fait paraître dans un périodique. Dans son enfance il résidait de l'autre côté du boulevard Langelier, dans la paroisse Jacques-Cartier, mais il préférait les activités de NDG, qui étaient davantage proches de chez lui. Voici la troisième et dernière partie :
Le mois de mai, évidemment, n'était pas un mois comme les autres à Notre-Dame-de-Grâce. C'était le mois de Marie. Or, nous avions à Notre-Dame-de-Grâce ce que personne d'autre à Québec n'avait: la grotte de Notre-Dame-de-Lourdes. Une reproduction de la vraie grotte en France, bien sûr, mais plus vraie que nature. Miraculeusement, une source d'eau jaillissait du flanc du cap en haut de la rue Mazenod. Elle coulait tout l'été, même dans les temps de plus grande sécheresse. On l'avait canalisée et elle jaillissait dans des chantepleures habilement aménagées dans une grotte naturelle où on n'avait eu qu'à loger dans des endroits déjà prédestinés une statue de la Sainte Vierge et une autre de Bernadette Soubirous.

Quand la température le permettait, ce qui était le cas de presque tous les jours puisque tout le monde sait que le mois de Marie, c'est le mois le plus beau, la célébration du mois de Marie commencée à l'intérieur de l'église se transformait très tôt en procession à l'extérieur vers la Grotte, dans le soleil couchant. Ce qui faisait de cet exercice de piété, auquel je consentais à vrai dire à mon corps défendant, une joyeuse fête.

Notre-Dame-de-Grâce, c'était aussi, en appendice à l'église, la Salle paroissiale. Elle était le fief de la troupe de Fred Ratté qui y faisait chaque semaine salle comble. Je me souviens d'avoir assisté un jour à un de ces mélodrames où un père - c'était Fred Ratté lui-même qui tenait ce rôle ignoble - menaçait sa propre fille en tenant à la main un fouet avec lequel, heureusement, il ne fit que de grandes démonstrations sans conséquence. Mais pour nous, les plus jeunes, la salle paroissiale était la salle des vues une fois par semaine, après l'école. Nous avions droit à un grand film, un Charlie Chaplin, par exemple. Mais ce qui nous attachait le plus, c'était une série dont on nous distillait un épisode à chaque semaine. J'ai eu Zorro et ses grands Z tracés chez les méchants, Batman et son jeune collègue Robin avec leurs voitures époustouflantes. Nous étions tassés comme des sardines dans cette salle surchauffée mais combien heureux de nous retrouver en présence vivante de héros que nous ne voyions jusqu'alors que de façon statique dans les bandes dessinées des journaux.

Dernière image de l'église Notre-Dame-de-Grâce vue de chez nous: presque chaque après-midi, les petits corbillards blancs qui s'arrêtaient quelques minutes, le temps de célébrer la Cérémonie des anges. La mortalité infantile était effarante à cette époque dans le quartier. Papa et maman m'ont expliqué ce dont il s'agissait en ajoutant combien j'étais chanceux d'être en vie. Ils exprimaient alors le sentiment de reconnaissance incommensurable qui les habitait.

Lucien Robitaille

(Merci à la revue du diocèse, "Pastorale-Québec", où cet article est paru en septembre 2009.
Michel)