HISTORIQUE de la Garde Sainte-Jeanne-d'Arc (1931-1956) PARTIE 1 : les débuts.
par Lucien Clément et Edmond Turgeon.
"L'histoire de la Garde Sainte-Jeanne-d'Arc, Inc., remonte à l'hiver 1931, alors qu'un groupe de bons citoyens de la ville de Québec se réunissait, le 26 janvier, dans la demeure de M. Georges Clément et jetait les bases de l'organisation d'une garde. Après maintes réflexions, ils lui donnèrent le nom de Garde d'Honneur Jeanne-d'Arc. En effet, les fondateurs avaient à choisir entre les noms suivants: Garde Notre-Dame, Wolfe, ou Jeanne-d'Arc. Les membres fondateurs de ce mouvement, dont on retrouve les noms sur les chartes et la demande d'incorporation, étaient: MM. Georges Clément, Lucien Clément, Adjutor Leclerc, François Dion, Georges Dufresne, Henri Marier, Joseph Bouchard, Émile Mainguy, Arthur Lessard et René Goulet.
Après une étude sérieuse sur les possibilités de mener à bonne fin une telle entreprise, assuré du précieux concours de MM. Georges et Lucien Clément (anciens membres de la Garde Jacques-Cartier), principaux instigateurs de ce nouveau mouvement, on résolut de se mettre à l'oeuvre sans tarder. Et pour ce, séance tenante, les présents se donnèrent un président dans la personne de M. Georges Clément, décoré de la médaille de long service de la guerre de 1914 et tout à fait qualifié pour remplir cette fonction, et d'un commandant, M. Lucien Clément.
Confiants dans l'avenir, nos fondateurs courageusement se mirent à l'oeuvre et entreprirent une campagne intense de recrutement. Comme tout nouveau-né, les débuts furent lents mais vigoureux et fermes et ne tardèrent pas à montrer des fruits de succès. À l'assemblée suivante du 2 février, ces courageux débutants, ne voulant pas marcher à l'aveuglette, étudièrent une forme de constitution à être adoptée, afin de marquer la voie à suivre, les lois et règlements à observer et le but que la Garde se propose d'atteindre.
L'assemblée du 9 février, de cette même année, fait voir que nos fervents débutants poussent les choses de l'avant, car on peut lire, dans les minutes de cette date, qu'on y décida le modèle d'uniforme, à savoir tunique fermée de couleur brune avec gallons blancs et le képi avec l'insigne personnifiant sainte Jeanne d'Arc, entouré d'une couronne de feuilles d'érable et, ayant comme fond, deux épées croisées. Ce costume a survécu jusqu'à cette année, sauf que quelques changements furent apportés par décision unanime de la Garde.
Nous pouvons voir, par les minutes de l'assemblée du 18 mars 1931, que les fondateurs de la Garde se montraient très scrupuleux sur le choix des candidats, puisqu'au ballotage, pour acceptation dans les rangs, un candidat devait obtenir la majorité des votes. Plusieurs donnent leurs noms, s'approchent du nouveau mouvement, l'étudient sous toutes ses formes et tous ses aspects, et après avoir bien réfléchi sur les sacrifices nombreux qu'il fallait faire, à cause des exercices plusieurs fois la semaine, et aussi sur les sacrifices financiers qui s'imposaient, plusieurs se retirèrent des rangs. La sélection faite, on travailla fermement à faire de la Garde une association capable de figurer à l'avenir avec les autres sociétés d'une paroisse, en dépit de toutes les difficultés à traverser.
C'est alors que, rendu à ce point, les directeurs entreprirent des démarches afin de devenir paroissial. Après plusieurs entrevues avec le curé-fondateur de la paroisse Notre-Dame de Grâce de Québec, M. l'abbé Édouard-V. Lavergne, de regrettée mémoire, la Garde d'Honneur Jeanne-d'Arc fut admise au sein de ladite paroisse. Les membres commencèrent donc à se dévouer à l'oeuvre qu'ils avaient rêvée. Le bureau de direction reçut tout l'appui de M. le curé Lavergne, notre premier aumônier, qui leur céda un local au sous-sol de l'église. C'est là que la Garde avait ses exercices et ses réunions à tous les mercredis soirs.
Du côté spirituel, l'aumônier faisait tout ce qu'il pouvait pour les membres, lesquels se faisaient un devoir d'assister aux exercices, de faire le service d'ordre à l'église et à la salle paroisisale. Nous tenons à souligner ici les cérémonies religieuses auxquelles la Garde a apporté son grand concours: les Mercredis à Saint-Joseph, la Messe des Malades et bien d'autres qu'il serait trop long à énumérer. La Garde venait de faire un grand pas. Elle était donc appelée à vivre et, avec l'aide de Dieu, tous les obstacles furent surmontés.
Oui, les choses s'animent et progressent sensiblement, puisqu'en date du 19 février 1932, une charte d'incorporation est obtenue par la nouvelle Garde. La Garde d'Honneur Jeanne-d'Arc devint donc: Garde Sainte-Jeanne-d'Arc, Inc. C'est un corps public responsable et bien vivant. Voulant être des modèles pour les autres paroissiens, les fondateurs du nouveau mouvement prennent les précautions nécessaires pour réussir. C'est pourquoi les minutes mentionnent que tout membre, lorsqu'il est en uniforme, soit en parade ou garde d'honneur, et en toute autre circonstance, doit s'abstenir de boissons alcooliques, afin d'être toujours un modèle exemplaire pour la population de la paroisse Notre-Dame de Grâce et des autres paroisses environnantes qui de temps à autre prennent contact avec notre vie paroissiale.
Le premier président à paraître sur les rangs est donc M. Georges Clément; secondé du commandant Lucien Clément, du secrétaire archiviste Georges Dufresne et de l'aumônier, M. le curé Édouard-V. Lavergne, curé-fondateur de la paroisse. Au début de mai 1932, soit exactement un an et quatre mois après sa fondation, le bureau de direction assisté de l'aumônier choisissaient les devises de la Garde. Ce sont: Jésus Maria, Dieu seul est mon maître, Faisons gai visage et la prière de sainte Jeanne d'Arc, notre patronne.
Nos fondateurs, fiers de leur oeuvre et voulant la mener à bonne fin, se mirent résolument à la besogne, organisant: soirées récréatives, bazars, parties de cartes et concours de popularité. Le tout se succède, afin d'amasser les fonds nécessaires à l'administration de la Garde. Chacun y va de son idée, de son talent, de son dévouement et met ses qualités d'organisateurs en branle, pour la réussite du mouvement et son agrandissement précoce. Les membres, en plus de fournir de leur temps, en sacrifiant tous leurs loisirs, manifestaient leur désir de conduire à bien leur association.Le premier membre honoraire civil à apparaître sur notre liste, est M. Albert Shields, nommé président des membres honoraires de la Garde. Nous reconnaissons aussi, dans cette classe, MM. J.-Wilfrid Dufresne, député de Québec-Ouest, Alexandre Brochu, Albert Miller, Joseph Renaud, et autres.
Faits à noter: il est intéressant de voir que nous avons encore (N.D.B. en 1956) dans nos rangs trois membres du tout début, soit le 26 janvier 1931, qui sont: major Georges Clément, lieutenant-colonel Lucien Clément et capitaine René Goulet. Outre ces trois fondateurs, nous remarquons deux autres membres, disons de la deuxième heure, que nous sommes fiers de nommer: lieutenant Alphonse Landry et sergent Napoléon Guénette. Honneur à ces braves héros, fidèles organisateurs et soutiens de notre Garde Sainte-Jeanne-d'Arc, Inc., de Notre-Dame de Grâce, de Québec."
À suivre.
Michel.
(La page de photos est tirée de la Bonne Nouvelle de 4 février 1933. Dans l'ordre habituel : lieutenant Georges Dufresne, capitaine A.-Joseph Bouchard, Albert Shields (président honoraire), lieutenant-colonel Georges Clément, le curé Édouard-V. Lavergne, major Lucien Clément, major Jules Royer, lieutenant Adjutor Leclerc et la mascotte Maurice Brochu.)