
Quand la pierre angulaire de la future église NDG avait été bénie, le 21 juin 1925, la "Bonne Nouvelle" avait publié un long texte pour faire la description physique de l'édifice dont la construction venait de commencer. Il serait trop long de reproduire ici cet article. Mais en consultant la brochure "L'Avenir des biens d'église 97" de l'ARC qui me fut prêtée récemment, j'ai trouvé que, dans le chapitre qui lui est consacré, les auteurs Luc Noppen et Lucie K. Morisset décrivent l'église un peu de la même façon et de façon un peu plus concise. Alors voici comment, pendant sa construction en 1925 et au début de 1926, on pouvait imaginer ce que serait la future église de Notre-Dame de Grâce, d'après les plans des architectes.
"Le bâtiment de Nadeau et Morisset était d'une conception tout à fait nouvelle au Québec. Les architectes avaient en effet commencé par créer un espace intérieur, d'où découlerait l'aspect extérieur. Ce parti pris les amena à travailler laborieusement au plan de l'église, comme à la distribution de l'espace intérieur.Tiré de l'article "Monument en péril : l'église de Notre-Dame de Grâce, Québec" en 1997.
En plan, l'église adopte la forme d'un rectangle allongé mesurant 59 mètres sur 23. La nef divisée en trois vaisseaux compte sept travées; les bas-côtés, proportionnés par rapport à la nef, sont deux fois moins larges que celle-ci. L'imposant sanctuaire occupe trois travées, c'est-à-dire le tiers de la surface de l'église, en plus d'une abside polygonale. Réservées à l'origine aux choristes et à l'orgue, de petites salles fermées par des grilles ouvragées en bois trouvent place derrière les autels latéraux. Au revers de la façade, l'entrée est surmontée d'une tribune ouverte. D'un côté, la tour loge un vestibule, tandis que de l'autre, la nef secondaire se termine par une chapelle destinée aux fonts baptismaux. L'église est basse et longue, et ses proportions, selon Nadeau et Morisset, empruntent à celles des cathédrales anglaises. La vaste charpente du toit, soutenue par des piliers qui divisent l'intérieur, demeure apparente, de sorte qu'elle constitue la seule ornementation de l'église. En effet, au lieu de dissimuler la structure, les concepteurs ont mis en valeur les qualités expressives de la forme et des matériaux de cet assemblage. Ce parti révèle l'influence du mouvement rationaliste, selon lequel forme et structure devaient ne faire qu'un et exprimer leur nature «vraie».
Jean-Thomas Nadeau écrivit aussi: «Un avantage de ce genre de couverture pour les nefs, c'est que son peu de pesanteur s'accommode de murs moins épais et qu'en plus se trouve du coup à éviter l'épineuse question des arcs-boutants et des contreforts. C'est encore de permettre la suppression du triangle vide que forme l'espace inscrit entre le toit et la voûte ordinaire des églises et par conséquent de diminuer la hauteur d'un édifice tout en lui conservant son maximum d'élévation à l'intérieur. C'est de la construction de peuple pratique, descendant de marins et charpentiers normands, regardant sur la dépense, visant à l'économie.»
L'ornementation intérieure tient essentiellement au mobilier, dont les plans ont été dressés minutieusement par Gérard Morisset, adepte de la sculpture sur bois «pour laquelle tant des nôtres sont si heureusement doués». La sculpture des bancs, de la balustrade, des autels et des grilles du choeur s'harmonise avec le bois de la charpente et, ensemble, toutes ces boiseries contrastent sur les surfaces blanches et unies des murs. La qualité de l'espace doit aussi à la présence des vitraux (plutôt des verres colorés) qui, selon Jean-Thomas Nadeau, ne devaient pas tant servir à raconter des histoires qu'à créer une «impression de poésie religieuse, de calme reposant et de sérénité recueillie».
Le volume extérieur de l'église surprend encore par sa sobriété et par son rationalisme implacable. La façade est dominée par une seule tour massive, d'où l'aspect imposant du clocher. Du côté opposé, la chapelle baptismale s'exprime clairement dans la projection de son abside polygonale vers l'extérieur. Dans le détail, la construction présente également peu de saillies, éléments que les concepteurs jugeaient inappropriés au Québec, «où la gelée saccage les sculptures sur pierre ou sur bois». Nadeau et Morisset ont cherché à créer un édifice «fait pour le milieu dans lequel nous vivons», qui serait le «reflet de la physionomie de notre pays», tout en demeurant une église fonctionnelle «adaptée aux pratiques et aux nécessités locales».
Michel.
(le numéro de la Bonne Nouvelle de 1925 comportait aussi un dessin de l'église qui devrait être obtenue une fois la construction terminée, un peu comme celui que j'ai placé ici.)